3 mai 2022 • ACTUALITÉS

L’Océan : un écosystème très semblable aux forêts

  Êtes-vous plutôt forêt ou mer ?  Cette question invite à séparer ces deux univers, mais ces écosystèmes sont-ils finalement si différents ? C’est la question à laquelle Planète Urgence, association de préservation et restauration des forêts a cherché à répondre en partenariat avec Surfrider Foundation Europe, association de préservation de l’Océan.  Découvrez dans cet article leurs similitudes et leurs divergences pour pouvoir mieux les comprendre et les préserver.     

Forêts et océans : un rôle climatique indispensable 

  Notre planète capte 50% des émissions de CO2 atmosphériques grâce à des puits de carbone naturels, dont les océans et les forêts. Un puits de carbone est un réservoir naturel ou artificiel, qui absorbe les émissions de CO2 présentes dans l’atmosphère et qui les stocke à plus ou moins long terme.    Le puits de carbone que les forêts représentent fonctionne principalement grâce à la photosynthèse. Ce phénomène est une réaction biochimique chez les plantes, qui utilise l’énergie du soleil pour fixer le CO2 sous forme de matière organique. Ainsi, la biomasse organique (racines, feuilles, tronc) stocke le carbone. La déforestation réduit donc cette biomasse et, si les arbres sont brûlés, ils rejettent dans l’atmosphère le CO2 stocké pendant leur croissance.   L’Océan utilise également le phénomène de photosynthèse, et emmagasine près de 30% des GES (dont le principal est le CO). Le phytoplancton, aussi appelé « forêt de la mer », est une algue microscopique qui absorbe le CO2 atmosphérique, puis meurt, chute au fond de l’Océan et séquestre le carbone dans les profondeurs.   L’Océan agit également comme une pompe physico-chimique qui absorbe et dissout une partie de CO₂ atmosphérique lors des échanges permanents qui ont lieu entre la surface de l’Océan et l’atmosphère.   Ces deux écosystèmes jouent donc un rôle important dans la captation des gaz à effet de serre et participent activement à freiner les changements climatiques.    L’Océan recouvre 70% de la surface de notre planète et est indispensable dans le processus de régulation du climat. Grâce aux nombreux courants qui le traversent, ce que l’on appelle “le tapis roulant océanique” distribue et fait circuler les masses d’eau à travers le globe, permettant une régulation des températures aussi bien des eaux que des terres environnantes.    Au-delà du stockage de carbone, ces deux écosystèmes jouent un rôle majeur de protection et d’adaptation face aux effets du changement climatique.   Prenons l’exemples des littoraux – en première ligne lors de tsunamis ou vagues de submersion. Les récifs coralliens pourraient absorber jusqu’à 90 % de la force d’impact d’une vague et agissent comme des remparts à la montée du niveau des mers, à l’érosion et aux catastrophes naturelles.    La mangrove fait le lien direct entre l’océan et la forêt puisqu’elle est surnommée “la forêt de la mer”. Les forêts de mangroves sont des forêts tropicales, dont les racines sont plongées dans la mer, et se développent dans des conditions de vie difficiles. Les mangroves se situent dans les zones tropicale et subtropicale, principalement en Afrique (hors Afrique du Sud), en Asie du Sud-Est et une partie de l’Amérique (de la Floride au Brésil). Ces forêts de mangrove ont un rôle essentiel lors d’événements climatiques extrêmes tel que les tsunamis car elles forment une barrière naturelle contre la montée des eaux et jouent un rôle crucial de “tampon” entre terre et mer. Une étude du journal scientifique Science indique que 30 arbres côtiers par 100 mètres carrés peuvent réduire jusqu’à 90% du flot d’un tsunami.   

 Forêts et océans : les berceaux mondiaux de la biodiversité  

  En plus d’être essentiels à la régulation du climat grâce à leur capacité à absorber le carbone, les forêts et les océans sont des espaces de vie abritant une biodiversité riche qui elle aussi joue son rôle dans le maintien de la vie sur Terre. La biodiversité peut être décrite comme la variété et la variabilité des organismes vivants et des écosystèmes dans lesquels ils vivent.     L’Océan recense 280 000 espèces et reste un espace largement inexploré. En réalité, on estime qu’il pourrait abriter jusqu’à 10 millions d’espèces différentes si nous l’explorions entièrement. En 2020, des chercheurs ont d’ailleurs découvert une nouvelle espèce de crustacés, à 6 900 mètres de la surface dans la fosse des Mariannes, le lieu le plus profond au monde actuellement répertorié. Bien que récemment découverte, cette espèce d’à peine un centimètre portait déjà les stigmates de la pollution plastique puisque les chercheurs ont découvert un microplastique dans l’intestin de l’un de ces crustacés. Pour engendrer une prise de conscience sur l’impact de plastique sur la biodiversité marine l’espèce a été nommé “Eurythenes plasticus”.     Les forêts, quant à elles, sont un habitat pour 80% des espèces d’amphibiens, 75% des espèces d’oiseaux et 68% des espèces de mammifères et abritent 80% de la biodiversité terrestre mondiale (Wilson, 1992). Là également, les espèces vivant dans cet écosystème sont encore nombreuses à être inconnues de l’Homme. Récemment, dans les forêts tropicales du nord-est de Madagascar, des scientifiques ont découvert une nouvelle espèce de caméléon de la taille d’une graine de tournesol. Nommé Brookesia nana (ou B. nana), cette espèce serait le plus petit reptile du monde. La découverte d’un reptile si petit met en lumière la biodiversité incroyable qu’héberge les forêts de Madagascar, et qui est malheureusement en grande partie en danger. Cette nouvelle espèce devrait d’ailleurs bientôt rejoindre la liste des espèces en danger critique.   Forêts et Océan sont donc les plus grands réservoirs de biodiversité mais aussi des réservoirs extrêmement fragilisés par les activités humaines comme nous le démontre les précédents exemples.   La liste rouge de l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature) constitue l’inventaire mondial de l’état de conservation des espèces végétales et animales. Dans sa dernière édition, la Liste rouge mondiale classait 40 084 espèces menacées sur 142 577 comptabilisées dans le monde, soit environ 30% des espèces totales ! Parmi ces espèces, on peut retrouver des animaux et écosystèmes vivant dans l’Océan : la baleine bleue, le poisson lune ou le corail orgue. Mais également des espèces vivant dans les forêts : le rhinocéros de Java, le panda roux ou le singe nasique de Bornéo.   

Forêt et Océan, deux grandes victimes des activités humaines  

  Pollution sonore, hydrocarbures, plastiques, pesticides, surexploitation…Les océans et les forêts sont indispensables à l’être humain, pourtant, les activités humaines ne cessent de fragiliser et de détruire ces écosystèmes.  Les produits issus des activités humaines rejetés dans l’Océan et les forêts polluent et ont de nombreuses conséquences sur leurs écosystèmes.   L’exemple de la pollution plastique est alarmant, avec 8 milions de tonnes qui sont déversées dans l’Océan chaque année, les conséquences sont nombreuses et dévastatrices. Le plastique s’insinue dans tous les aspects de nos vies et rend encore plus vulnérables des écosystèmes terrestres et marins déjà fragilisés par le dérèglement climatique.  On estime que 90 % des oiseaux de mer ont des fragments de plastique dans l’estomac. Tous ces déchets issus des activités humaines impactent directement la faune, peuvent entraîner des blessures, et dans de nombreux cas une mort prématurée.   Les déchets plastiques se transforment parfois en microparticules de plastiques qui, comme les pesticides, dispersent des matières toxiques dangereuses pour les animaux et écosystèmes terrestres et aquatiques mais également pour l’Homme. Des produits chimiques nocifs peuvent être libérés par le plastique dans le sol environnant, qui ensuite s’infiltrent dans les eaux souterraines ou d’autres sources d’eau environnantes.   Ces microplastiques peuvent se retrouver sous forme de pellets ou de fragments qui une fois dans la nature vont polluer non seulement à cause des ingrédients qui les composent mais aussi grâce à leur propriété absorbante similaire à celle d’une éponge qui peut récupérer et transporter des substances chimiques et toxiques.   80% de la pollution de l’Océan provient des fleuves et des rivières, pour réduire la pollution plastique à la source il est donc nécessaire de se positionner en amont pour mieux la comprendre et l’éviter. Avec le projet Plastic Origins, Surfrider souhaite combiner science participative et intelligence artificielle pour étudier cette pollution qui commence dans les terres avant de se déverser en mer. Mieux connaître l’origine et la répartition des déchets dans les cours d’eau nous permet de cibler directement des zones d’actions prioritaires et agir localement pour y mettre fin. Ce geste citoyen possible grâce à une application montre une fois de plus la nécessité de repenser notre production et notre consommation de plastique, qui se retrouve toujours où il ne devrait pas : dans nos forêts, le lit de nos rivières et nos océans.   Les mangroves, ces forêts entre terre et mer, sont particulièrement touchées par la pollution dû aux activités humaines, puisqu’elles subissent à la fois la pollution simultanée subie par les forêts et les mers. Au Cameroun, il n’est pas rare de retrouver dans les mangroves des hydrocarbures (au niveau mondial, on estime à six millions de tonnes par an la quantité d’hydrocarbures introduite dans les océans par l’activité humaine) mais également des bouteilles plastiques et autres déchets humains. C’est pourquoi il est nécessaire de mettre en place des barrières naturelles contre le plastique pour protéger les plantations de mangroves, comme les équipes de Planète Urgence peuvent le faire en Indonésie.   Chaque jour, en plus de polluer, les activités humaines surutilisent la nature. C’est pourquoi depuis quelques années, pour mettre au grand jour ces excès, on parle du jour du dépassement. Il est calculé par l’ONG Global Footprint Network et correspond à la date de l’année, à partir de laquelle l’humanité a consommé l’ensemble des ressources que la planète est capable de régénérer en un an.   Ainsi au cours des 40 dernières années, les populations d’espèces marines ont enregistré un déclin de 39 %. La surpêche en est un facteur clé, puisque 29% des stocks de poissons dans le monde sur surexploités. (chiffres issus du projet fish forward du WWF – 2015/2017). La surexploitation de bois est quant à elle liée principalement à l’irruption du bois illégal. Selon une étude du WWF de 2010, 23 % des produits forestiers importés en Europe sont présumés d’origine illégale.    

Forêts et océans : Il y a urgence à préserver  

 
Si le monde est en toi, je me mettrais à l’ombre de ta forêt et je me baignerais dans l’océan de ton cœur… Descrea
  Les forêts et océans sont donc tous deux des écosystèmes indissociables à la lutte contre le réchauffement climatique et à la survie de la biodiversité et de l’être humain.   Les comprendre, connaitre leurs vulnérabilités et les causes de leur mise en danger est indispensable pour une prise de conscience permettant de réduire un maximum l’impact négatif engendré par les activités humaines.     Dans le dernier rapport du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), les experts ont présenté un ensemble de solutions appelées « développement climatique résilient » et rappellent que la protection et la restauration des écosystèmes sont essentiels.   « Les risques climatiques peuvent être réduits en renforçant la nature ». S’orienter vers des solutions qui respectent et s’inspirent de la nature est une nécessité, non pas une option. Sur le long terme, le coût qu’elles engendreront sera moindre face aux coûts des conséquences du changement climatique. Si nous ne réagissons pas, ce sont ceux qui sont déjà le plus vulnérable qui en payeront le prix fort, et de manière générale personne ne sera épargné.     Nous devons adapter nos modes de vies pour limiter au maximum les effets néfastes du réchauffement climatique. Il en va de la survie d’écosystèmes entiers, sur terre et dans nos mers. Certaines conséquences sont déjà irréversibles mais il est encore possible d’agir pour un avenir dans un monde qui soit vivable. Pour cela, il est indispensable de limiter le réchauffement climatique à 2°C, et nous n’avons pas trois ans pour le faire, nous devons agir dès maintenant.      Planète Urgence et Surfrider Europe s’engagent tous les deux pour ces deux écosystèmes essentiels : l’un pour la préservation des forêts et l’autre pour la protection de l’Océan.    Pour en savoir plus sur leurs projets et comment les soutenir cliquez ici :             

Sources et Webographie :

 
  •   Planète Énergie, Forêts et océans : un rôle irremplaçable, 2015
https://www.planete-energies.com/fr/medias/decryptages/forets-et-oceans-un-role-irremplacable
  • EcoTree , Les forêts sont-elles des puits de carbone, avril 2021
https://ecotree.green/blog/les-forets-sont-elles-des-puits-de-carbone
  • Ocean Climate, l’océan puits de carbone
https://ocean-climate.org/sensibilisation/locean-puits-de-carbone/  
  • CNRS, l’océan, puits de carbone à l’avenir incertain
https://www.insu.cnrs.fr/fr/cnrsinfo/locean-puits-de-carbone-lavenir-incertain  
  • Up Magazine, Ces forêts au fond des océans pourraient nous aider face à la crise climatique
https://up-magazine.info/planete/biodiversite/61469-ces-forets-au-fond-des-oceans-pourraient-nous-aider-face-a-la-crise-climatique/   
  • Le Monde, Protéger la biodiversité océanique, un rempart contre le changement climatique, juin 2020
https://www.lemonde.fr/blog/oceanclimat/2020/06/08/proteger-la-biodiversite-oceanique-un-rempart-contre-le-changement-climatique/ 
  • Good Planet, Une désoxygénation de l’océan « importante et potentiellement irréversible » a commencé à se produire en 2021, février 2022
https://www.goodplanet.info/2022/02/20/une-desoxygenation-de-locean-importante-et-potentiellement-irreversible-a-commence-a-se-produire-en-2021/
  • Oceanopolis,  Les origines de la pollution marine
https://www.oceanopolis.com/pollution-marine /  
  • Conservation Nature, La forêt : un écosystème abritant une grande richesse écologique
https://www.conservation-nature.fr/ecosysteme/foret/   
  • You Matter, déforestation : définitions, cause
https://youmatter.world/fr/definition/deforestation-definition-causes-consequences-solutions/ 
  • FAO, la forêt, l’homme et ses besoins vitaux
https://www.fao.org/3/XII/0949-A1.htm 
  • UNEP, planète plastique : de minuscules particules de plastiques polluent notre sol
https://www.unep.org/fr/actualites-et-recits/recit/planete-plastique-de-minuscules-particules-de-plastique-polluent-notre 
  • OFB, Qu’est ce que la biodiversité
https://www.ofb.gouv.fr/quest-ce-que-la-biodiversite 
  • National géographie, Découverte : ce caméléon serait le plus petit reptile au monde
https://www.nationalgeographic.fr/animaux/decouverte-ce-cameleon-serait-le-plus-petit-reptile-au-monde 
  • Liberation, un nouvelle espèce des abysses découverte et déjà contaminée par le plastique
https://www.liberation.fr/terre/2020/03/10/une-nouvelle-espece-des-abysses-decouverte-et-deja-contaminee-par-le-plastique_1780808/ 
  • Descrea, citation ouest France
https://citations.ouest-france.fr/citation-descrea/monde-toi-mettrais-ombre-foret-100935.html 
  • Livehoods, INDONESIE : revitaliser des villages côtiers et susciter de nouvelles activités grâce aux mangroves
https://livelihoods.eu/fr/portfolio/yagasu-indonesia/  
  • Fishfoward, Supêche, les chiffres qui font mal
https://www.fishforward.eu/fr/facts-figures/ 
  • WWF, pour un approvisionnement responsable en bois
https://www.wwf.fr/champs-daction/foret/approvisionnement-responsable/bois 
  • Science, Plastic waste inputs from land into the ocean
https://www.science.org/doi/10.1126/science.1260352  
  • ACS, Clinical Pathology of Plastic Ingestion in Marine Birds and Relationships with Blood Chemistry

https://pubs.acs.org/doi/10.1021/acs.est.9b02098  
  • Ocean Climate, l’océan pompe à carbone
https://ocean-climate.org/presentation-des-fiches-scientifiques-ocean-et-climat/locean-pompe-a-carbone/ 

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