19 mars 2026 • ACTUALITÉS

Projet TAPIA à Madagascar : une nouvelle phase pour préserver durablement les forêts de Tapia 

Le 19 mars 2026 a marqué une nouvelle étape importante pour le projet TAPIA à Madagascar. 

Après trois premières années d’actions menées dans la région Itasy, Planète Urgence lance officiellement la deuxième phase de ce projet consacré à la préservation des forêts naturelles de Tapia, un écosystème endémique des Hautes Terres malgaches à la fois fragile, précieux et indispensable aux communautés locales. 

Cette nouvelle phase, prévue jusqu’en 2028, poursuit un objectif clair : renforcer durablement la gestion de ces forêts avec les VOI (Vondron’Olona Ifotony – communautés locales de base), tout en réduisant les pressions économiques qui pèsent sur elles. Car protéger la biodiversité ne peut se penser sans tenir compte des réalités quotidiennes des populations qui vivent au contact direct de ces ressources naturelles. 

Les forêts de Tapia, un patrimoine écologique unique à Madagascar

Dans les Hautes Terres de Madagascar, les forêts de Tapia occupent une place particulière. Constituées principalement de Uapaca bojeri, une essence endémique appelée localement Tapia, elles représentent un écosystème rare que l’on ne retrouve nulle part ailleurs dans le monde. 

Dans la région Itasy, environ 8 400 hectares de forêts naturelles de Tapia subsistent encore aujourd’hui. Ces espaces jouent un rôle écologique majeur : ils limitent l’érosion des sols, participent à la régulation de l’eau et abritent une biodiversité spécifique adaptée à ces milieux.  

Mais leur importance dépasse largement la seule question environnementale. Pour de nombreux ménages ruraux ces forêts constituent une ressource quotidienne essentielle. On y récolte des fruits, des champignons comestibles, des plantes médicinales. Elles permettent également le développement de la sériciculture grâce aux vers à soie sauvage qui se nourrissent des feuilles de Tapia. 

Cette relation étroite entre forêt et subsistance explique aussi pourquoi leur préservation constitue un défi particulièrement complexe. 

Une forêt sous pression malgré les efforts engagés

Malgré leur importance, les forêts de Tapia restent fortement menacées. Dans la région Itasy, où les formations ligneuses ne couvrent que 2,2 % du territoire, la demande en bois et en charbon reste très élevée. Le bois-énergie demeure la principale source d’énergie domestique pour une grande partie des ménages. 

À cette pression énergétique s’ajoute une précarité économique importante. Dans de nombreuses communes rurales, les familles dépendent directement de l’exploitation des ressources forestières pour générer un revenu ou répondre à leurs besoins immédiats. Lorsque les alternatives économiques sont limitées, la forêt devient une solution de survie. 

Les feux de brousse et certaines pratiques agricoles, notamment les cultures sur brûlis, accentuent également la dégradation des massifs forestiers. Enfin, si Madagascar a confié depuis 2001 la gestion des ressources naturelles aux VOIles communautés locales de base, ces structures manquent souvent de moyens techniques, humains et financiers pour exercer pleinement ce rôle. C’est précisément dans ce contexte qu’est né le projet TAPIA. 

Un travail engagé depuis plus de dix ans sur le terrain

Planète Urgence accompagne les communautés de la région Itasy depuis 2010. Les premières actions portaient essentiellement sur le reboisement dans plusieurs fokontany (quartiers) du district d’Arivonimamo.  

Progressivement, l’approche s’est élargie. À partir de 2015, des pépinières villageoises ont été mises en place et des activités complémentaires ont été développées, notamment en apiculture, maraîchage et sériciculture, en réponse aux besoins exprimés localement.  

En 2021, l’intervention prend une nouvelle dimension avec un accompagnement de près de quarante VOI et un appui sur plus de 3 000 hectares de forêts de Tapia. 

Une première phase qui a permis de changer d’échelle

Lancée en 2022 avec le soutien de l’Agence Française de Développement, la première phase du projet TAPIA a permis d’accélérer fortement les actions de terrain. 

En trois ans, 3,9 millions d’arbres ont été plantés53 pépinières ont été créées, 5 200 reboiseurs ont été accompagnés et 5 258 élèves sensibilisés aux enjeux environnementaux. 

Au total, 2 145 hectares ont été restaurés, notamment pour répondre à la forte demande en bois-énergie et réduire la pression exercée sur les forêts naturelles de Tapia. 

Le projet a également travaillé sur toute la chaîne du bois-énergie : production de plantations dédiées, amélioration des techniques de carbonisation pour limiter les pertes, et diffusion de foyers améliorés afin de réduire la consommation domestique de charbon. 

En parallèle, une avancée institutionnelle majeure a été obtenue avec la mise en protection temporaire de deux Aires Protégées Communautaires couvrant près de 16 396 hectares. 

TAPIA phase 2 : consolider les acquis et rendre la gestion durable

La deuxième phase du projet, engagée jusqu’à fin 2028, se concentre désormais sur deux Aires Protégées Communautaires situées à Arivonimamo et Miarinarivo. 

L’ambition n’est plus seulement de restaurer, mais de construire un modèle durable, reproductible et porté localement. Dans l’aire protégée d’Arivonimamo, 10 371 hectares sont concernés. À Miarinarivo, la zone couvre 6 025 hectares. 

L’un des premiers objectifs consiste à poursuivre les efforts de restauration forestière avec 300 hectares supplémentaires, tout en améliorant la gestion des plantations bois-énergie. Cette nouvelle phase prévoit aussi la formation de 2 200 reboiseurs, le renforcement des compétences de charbonniers sur les techniques améliorées de carbonisation, ainsi que l’accompagnement de 1 000 ménages dans l’usage de foyers améliorés. 

Mais l’innovation majeure repose aussi sur la recherche scientifique. 

Comprendre comment le Tapia se régénère naturellement 

Avec l’appui de l’IRD, le projet lance un dispositif expérimental inédit pour mieux comprendre les mécanismes naturels de régénération du Tapia. 

Sur 900 m² de sites expérimentaux, différentes techniques seront testées afin d’évaluer dans quelles conditions la régénération naturelle peut être plus efficace que les plantations classiques. 

Cet axe scientifique est particulièrement stratégique : il doit permettre d’orienter les futures méthodes de restauration sur des bases solides et adaptées aux réalités écologiques locales. 

Renforcer la gouvernance locale

La réussite de cette phase 2 repose aussi sur la consolidation des structures de gouvernance locale. 

Cinq instances de gouvernance seront renforcées pour assurer le fonctionnement effectif des Aires Protégées Communautaires. Les patrouilleurs forestiers locaux, appelées Polisinala, verront également leurs capacités renforcées, avec 50 membres formés. 

En parallèle, le projet prévoit l’actualisation du Dina régional, c’est-à-dire les règles coutumières qui encadrent localement l’usage des ressources naturelles. Trente-et-un fokontany (quartiers) seront concernés par ce travail de sensibilisation et de mise en application. 

Réduire la dépendance à la forêt en améliorant durablement les revenus 

Protéger les forêts suppose aussi de sécuriser les revenus des familles rurales. 

C’est pourquoi TAPIA phase 2 renforce fortement son volet agricole. Les exploitations familiales accompagnées bénéficieront de formations en agroécologie, d’un appui à la gestion de l’eau et d’un accès renforcé aux services agricoles. 

La rizipisciculture – qui associe culture du riz et élevage de poissons en rizière – sera également développée comme solution concrète d’amélioration des revenus. 

L’objectif est ambitieux : permettre jusqu’à 50 % d’exploitations agricoles familiales soutenues d’améliorer leurs revenus.  

Le projet prévoit aussi 100 hectares d’agroforesterie, afin de produire à la fois des ressources alimentaires et du bois énergie. Enfin, une étude sur l’écotourisme doit permettre d’identifier de nouvelles sources de financement pour les Aires Protégées Communautaires. 

Un projet collectif pour un enjeu national

Cette nouvelle phase est rendue possible grâce au soutien renouvelé de l’Agence Française de Développement (AFD), à l’arrivée de la TUI Care Foundation et de Bouygues et à l’implication de nombreux partenaires techniques : Région Itasy, DREDD, SAHA, FERT, APDRA et IRD 

Au-delà du projet lui-même, TAPIA s’inscrit dans une dynamique nationale forte. Madagascar vient récemment d’officialiser l’extension de ses aires protégées sur 1,82 million d’hectares, confirmant l’importance stratégique donnée à la conservation.  

Dans ce contexte, les forêts de Tapia se révèlent être un véritable terrain d’expérimentation pour une conservation participative, où les communautés locales sont au cœur des décisions.  

Préserver ces espaces ne signifie pas seulement protéger des arbres : c’est aussi garantir l’accès à l’eau, soutenir la sécurité alimentaire et renforcer la capacité des populations à faire face aux défis du changement climatique. 

Vous aimerez aussi …

Madagascar : une décision historique pour la biodiversité !

Madagascar : une décision historique pour la biodiversité !

Extension historique des aires protégées à Madagascar : 1,82 million d’hectares officialisés et 16 396 ha confiés aux communautés locales…

Lire la suite

Planète Urgence en 2025 : une année d’actions concrètes pour les forêts et la biodiversité

Planète Urgence en 2025 : une année d’actions concrètes pour les forêts et la biodiversité

En 2025, Planète Urgence a renforcé son impact : nouveaux projets forestiers, partenariats internationaux, philanthropie climatique et actions concrètes pour…

Lire la suite

« Le cri des quatre saisons » : Planète Urgence partenaire d’un projet musical pour la planète

« Le cri des quatre saisons » : Planète Urgence partenaire d’un projet musical pour la planète

À l’occasion des vœux 2026, l’agence Glory Paris initie un projet musical inédit en collaboration avec le compositeur Frédéric Schumann…

Lire la suite

INSCRIVEZ-VOUS À NOTRE NEWSLETTER