16 avril 2026 • ACTUALITÉS

Projet DIABE à Madagascar : transformer la filière bois-énergie pour lutter contre la déforestation 

Comment concilier besoins énergétiques, lutte contre la déforestation et amélioration des conditions de vie à Madagascar ? Le projet DIABE apporte une réponse concrète en transformant durablement la filière bois-énergie.

À Madagascar, la préparation des repas dépend encore très largement du bois-énergie, c’est-à-dire du bois de chauffe et du charbon, qui constituent les principales sources d’énergie pour la cuisson.  

Dans les régions d’Analamanga, Itasy et Alaotra Mangoro, situées autour de la capitale Antananarivo, plus de 90 % des ménages y ont recours pour cuisiner (Ministère de l’Énergie et des Hydrocarbures de Madagascar). Cette dépendance massive, indispensable à la vie quotidienne, exerce toutefois une pression considérable sur les forêts naturelles et contribue à une déforestation rapide et difficile à contenir. 

Dans ce contexte, le projet DIABE (Développement Intégré, Aménagement et filière Bois-Énergie) apporte une réponse structurante et durable. Il vise à transformer en profondeur la filière bois-énergie afin de concilier préservation des forêts, amélioration des revenus des ménages ruraux et sécurité alimentaire. 

En savoir plus sur le projet DIABE

Une dépendance énergétique qui accélère la déforestation

À Madagascar, le bois-énergie reste la principale source d’énergie domestique. Cette situation s’explique par le manque d’accès à l’électricité dans de nombreuses zones et par le coût élevé des énergies modernes pour une grande partie de la populationMais cette dépendance a un impact environnemental majeur. 

La consommation nationale de bois-énergie est estimée à environ 18 millions de m³ par an, soit près du double de la capacité de régénération naturelle des forêts du pays (WWF, 2020). Le bois de chauffe représente environ 10 millions de m³, tandis que la production de charbon en mobilise environ 8 millions supplémentaires (WWF, 2020). Cette pression constante sur les ressources forestières entraîne une dégradation progressive des écosystèmes et accélère la disparition des forêts naturelles. 

Au-delà de l’impact écologique, cette situation fragilise également les ménages, pour lesquels le bois-énergie représente une part importante du budget. Dans certaines régions, il peut représenter jusqu’à 11 % des dépenses totales des familles (Banque Mondiale, 2019). Les populations les plus vulnérables sont particulièrement touchées, certaines étant contraintes de réduire le nombre de repas quotidiens faute de combustible suffisant. 

Le projet DIABE : une approche intégrée pour transformer la filière bois-énergie

Face à ces défis, le projet DIABE adopte une approche globale qui intervient sur l’ensemble de la chaîne de valeur du bois-énergie. L’objectif est de réduire la pression sur les forêts tout en améliorant les conditions de vie des populations rurales. 

Le projet, financé par l’Union européenne, vise à contribuer durablement à la sécurité alimentaire et nutritionnelle des ménages ruraux, tout en renforçant la préservation de l’environnement naturel dans les zones d’intervention. Il s’adresse à l’ensemble des acteurs de la filière, des producteurs de bois aux consommateurs finaux, en passant par les charbonniers, les pépiniéristes et les artisans producteurs de foyers améliorés. 

DIABE est mis en œuvre par un consortium composé de CIRADPARTAGEAIM et Planète Urgence. Il s’étend sur plusieurs régions stratégiques autour de la capitale, couvrant 51 communes. 

Reboiser et restaurer les écosystèmes pour sécuriser la ressource

L’un des piliers du projet DIABE repose sur la restauration des paysages forestiers et la création de ressources durables en bois-énergie. Pour cela, 1 600 hectares de plantations sont prévus, combinant reboisement classique et systèmes agroforestiers. 

Ces systèmes permettent non seulement de produire du bois de manière durable, mais aussi d’associer des cultures agricoles et des arbres fruitiers afin de diversifier les sources de revenus et d’améliorer la sécurité alimentaire des ménages ruraux. 

En 2025, un important travail de préparation a permis d’identifier plus de 1 200 hectares de zones favorables au reboisement, en tenant compte des caractéristiques des sols, des pentes et des conditions écologiques. Dans le même temps, 90 pépiniéristes ont été formés et sont aujourd’hui pleinement opérationnels, contribuant directement à la production de plants. Au total, 1 309 173 plants ont déjà été produits, illustrant la montée en puissance de la filière de reboisement. Cette phase de planification constitue une étape essentielle pour garantir la réussite des futures campagnes de plantation. 

Améliorer la production de charbon pour réduire la pression sur les forêts

Une part importante de la déforestation à Madagascar est liée à la production de charbon de bois. Le projet DIABE agit directement sur ce levier en introduisant des techniques améliorées de carbonisation. 

Ces nouvelles pratiques permettent d’obtenir un rendement deux fois supérieur aux méthodes traditionnelles. Là où les techniques classiques ne permettent de valoriser qu’environ 10 % de la biomasse, les techniques améliorées atteignent environ 20 %. Cette amélioration permet de produire davantage de charbon avec moins de bois, réduisant ainsi la pression exercée sur les forêts naturelles. 

En parallèle, ces techniques offrent aussi une opportunité économique importante pour les charbonniers, qui peuvent augmenter leurs revenus tout en adoptant des pratiques plus durables. En 2025, 278 charbonniers ont été formés à ces méthodes. 

Diffuser des solutions de cuisson plus efficaces pour les ménages

Le projet DIABE accompagne également la diffusion de foyers améliorés, une solution simple mais très efficace pour réduire la consommation de bois ou de charbon dans les foyers. 

Ces équipements permettent de diminuer jusqu’à 30 % la quantité de combustible nécessaire pour cuisiner. Ils représentent donc une réponse concrète à la fois aux enjeux économiques des ménages et aux enjeux environnementaux liés à la déforestation. 

En 2025, 25 098 de foyers améliorés ont été vendus dans les zones d’intervention. Cette diffusion s’appuie sur un réseau d’artisans locaux, de producteurs et de points de vente structurés, contribuant ainsi à la création d’une véritable filière économique locale. 

Améliorer les conditions de vie grâce à la filière bois-énergie

Au-delà de son impact environnemental, le projet DIABE agit directement sur les conditions de vie des populations rurales. En structurant la filière bois-énergie, il permet d’améliorer les revenus des producteurs, de renforcer les compétences locales et de sécuriser les débouchés économiques. 

Les activités de production de charbon amélioré et de foyers économes génèrent des revenus importants pour les ménages impliqués. En parallèle, les actions de sensibilisation et de formation permettent de renforcer les pratiques agricoles et nutritionnelles, notamment à travers la diversification alimentaire et le développement de systèmes agroforestiers. 

Le projet accorde également une attention particulière au rôle des femmes, très présentes dans la filière bois-énergie, afin de favoriser leur autonomisation économique et leur participation aux décisions locales. 

Structurer une filière durable et résiliente

Pour garantir la pérennité des actions, DIABE travaille à la structuration complète de la filière bois-énergie. Cela passe par la création et le renforcement de plateformes bois-énergie au niveau local, la mise en réseau des producteurs, la formation à la gestion financière et la consolidation des circuits de distribution. 

Les collectivités locales jouent également un rôle central dans cette dynamique, notamment dans la gestion forestière de proximité et la régulation de la filière. Cette gouvernance partagée permet de sécuriser les investissements et d’assurer une meilleure gestion des ressources naturelles. 

Un impact environnemental et social durable

Le projet DIABE contribue directement à la lutte contre la déforestation à Madagascar en réduisant la pression sur les forêts naturelles, en améliorant les pratiques de production et en favorisant le reboisement à grande échelle.  

Mais son impact dépasse largement la seule dimension environnementale. En améliorant les revenus des ménages, en renforçant la sécurité alimentaire et en soutenant l’autonomie des acteurs locaux, il participe à une transformation durable des conditions de vie dans les zones rurales. 

Une transition indispensable pour les forêts de Madagascar

Le projet DIABE illustre une approche intégrée de la lutte contre la déforestation, en agissant à la fois sur les pratiques de production, les modes de consommation et l’organisation de la filière bois-énergie. 

En combinant reboisement, innovation technique et structuration des acteurs locaux, il ouvre la voie à une gestion plus durable des ressources forestières à Madagascar, tout en répondant aux besoins essentiels des populations. 

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