10 mai 2022 • ACTUALITÉS

La forêt est l’alliée de l’Homme

 

Nous avons tous entendu cette expression un jour : “La forêt est le poumon de la Terre”.

Oui, comme les Hommes, les arbres « respirent » car pour vivre et grandir, ils se nourrissent de CO2 et rejettent de l’oxygène. Tout le contraire des Hommes donc, mais cela a son avantage ! En plus d’avoir cette faculté exceptionnelle de rendre respirable l’air dont nous avons besoin, les forêts regorgent d’avantages indispensables pour les humains. 

Le végétal est au cœur de notre survie : il conçoit l’oxygène que nous respirons, régule le cycle de l’eau et créé la nourriture que nous mangeons. Sur Terre, plus de 1,6 milliard de personnes vivent à moins de cinq kilomètres d’une forêt, dont 250 millions en situation d’extrême pauvreté, qui dépendent souvent d’elle pour leurs ressources alimentaires, leurs habitats, leurs médicaments et leurs ressources énergétiques 

La crise sanitaire de la COVID-19 aura été une prise de conscience majeure dans le contexte climatique actuel : les forêts et les Hommes sont en effet indissociables. Nous l’avons d’ailleurs remarqué quand le monde s’est rouvert sur l’extérieur : les grands espaces verts et forestiers ont attiré les foules ! 

Planète Urgence s’est alliée à l’écologue et biologiste français Serge Morand pour mieux comprendre ce lien entre humain et forêts. Directeur de Recherche au CNRS, basé en Thaïlande, Serge Morand est l’auteur de multiples ouvrages dont L’homme, la faune sauvage et la peste publié en 2020. 

 

La forêt est essentielle pour la vie humaine 

 

Les scientifiques sont unanimes : les forêts ont un rôle crucial dans la stabilité du climat. En effet, ce sont elles qui régulent le cycle de l’eau, stockent une partie du dioxyde de carbone (CO2) présent dans l’atmosphère ou encore qui refroidissent nos villes durant les fortes chaleurs que l’on peut connaître. Le rôle des forêts ne s’arrête pas là : elles assurent également et sans équivoque la survie humaine ! La forêt nous livre tous ses bienfaits : nourriture, eau, médicaments (à base de plantes). C’est donc grâce à elle que nous assimilons autant de ressources naturelles et indispensables au quotidien. 

 

D’après le rapport de la FAO (2018), 40% environ des ruraux en situation d’extrême pauvreté (gagnant moins de 1,25 dollars par jour) – soit quelque 300 millions de personnes – vivent dans des zones de forêt ou de savane. En plus de sa garantie de répondre aux besoins vitaux des Hommes (respirer, manger, boire, se soigner), la forêt représente une source de revenus à une personne sur cinq dans le monde, notamment aux femmes, aux enfants, aux paysans sans terre et à d’autres personnes vulnérables. 

Durant la pandémie de la COVID-19, la forêt a également représenté un refuge incontestable pour beaucoup de populations, alors dépourvues de tout revenu économique notamment du fait des confinements. Les populations locales, dont beaucoup dépendent de ces activités, se sont ainsi confrontées à de nombreuses problématiques, notamment économiques.  

C’est le cas par exemple à Madagascar, où les organisations communautaires en charge de la protection et gestion des forêts n’ont pas pu exercer leurs responsabilités suite au confinement décrété au niveau national. Les communautés n’ont plus eu le droit de revendre leur excédent de production (légumes, riz brut dit paddy) sur les marchés locaux fermés jusqu’à nouvel ordre. Les pertes de revenus engendrés ont incité les personnes les plus précaires à utiliser les ressources forestières à proximité pour subvenir à leurs besoins. 

Les forêts de tapia ont donc été particulièrement surexploitées pendant cette période puisque les populations puisaient leurs ressources en bois (de chauffe, de cuisson) directement au cœur de ces forêts endémiques. 

La forêt est ainsi un filet de sécurité pour les populations locales dépendantes de la bonne santé de cet écosystème essentiel. Les forêts ont également d’autres pouvoirs… 

 

La forêt ré-enracine et ré-enchante nos vies 

 

Cela paraît inédit mais oui : les forêts impactent bel et bien notre moral !  

De multiples études prouvent ainsi que les promenades en forêt, la proximité avec les arbres et l’interaction avec la nature accentuent notre bien-être et améliorent notre santé mentale.  

La nature nous offre un havre de paix lorsque nous sommes à son contact : elle apaise nos maux et agit directement sur les pressions sanguine et artérielle, nos fonctions cognitives, notre mémoire et préviendrait même de certaines maladies. C’est même devenu une thérapie à part entière pour user de ses 5 sens, nommée sylvothérapie : de vrais « bains de forêts » sont organisés en pleine forêt pour les amoureux du grand air et des arbres. Une tendance venue tout droit du Japon et directement issue des plus anciens peuples autochtones, où les bienfaits psychologiques des arbres sont reconnus depuis des décennies (voire des siècles !) et est devenue une pratique de soins courante.  

 

Contempler la forêt, assis, durant quinze minutes réduit de 13 % le taux de cortisol (hormone qui grimpe en flèche en cas de stress), de 6 % le rythme du pouls, et augmente de 56 % l’activité nerveuse para sympathique, garante du calme et de la digestion.2 

Yoshifumi Miyazaki, Chercheur et auteur spécialisé dans le shinrin-yoku, « bain de forêt »  

 

La forêt représente également un habitat naturel et traditionnel pour des peuples autochtones des quatre coins du monde. Au Cameroun, les peuples de la forêt sont les Baka, les Bakola ou Bagyéli et les Bedzang. Ils sont ainsi appelés parce qu’ils sont les habitants originels des forêts du Cameroun. Traditionnellement nomades, les Baka, Bagyéli et Bedzang vivent de la chasse et de la cueillette. Mais ils sont aujourd’hui limités et menacés dans leurs activités et, in fine leur survie, du fait de la pression qu’ils subissent sur leurs terres ancestrales, due à l’exploitation forestière et minière ainsi qu’aux activités de conservation et d’agrobusiness. 

La santé et le bien-être font bel et bien partie des Objectifs de Développement Durable (ODD) adoptés par les Nations Unies en 20153. Il s’agit de l’ODD n°3 “Permettre à tous de vivre en bonne santé” visant ainsi à améliorer la santé collective notamment en réduisant les maladies infantiles, épidémies et autres maladies transmissibles (zoonoses).  

 C’est d’ailleurs un apprentissage de plus en plus intégré dans les programmes scolaires, afin de sensibiliser dès le plus jeune âge aux nombreux profits des forêts. Certaines écoles secondaires en ont même dédié des matières pour leur enseignement (bac pro forêt, bac gestion forestière, classe professionnelle nature, etc.) ! 

 

La destruction des forêts, à l’origine de profonds déséquilibres sur les vies humaines à court ou moyen terme 

 

 

Malgré tous les bienfaits que la forêt peut lui apporter, l’Homme poursuit sa destruction massive. 

Il a détruit plus d’espaces forestiers en 60 ans que dans toute l’histoire de l’Humanité, avec en cause l’expansion agricole (notamment les monocultures telles que le soja, palmier à huile, etc.), ou encore l’exploitation de bois, entre autres. En 20 ans, de 2000 à 2020, la forêt a comptabilisé une perte nette de 100 millions d’hectares de superficie dans le monde (rapport FAO, 2021) alors qu’elle représente presqu’un tiers de notre superficie terrestre. Une situation très préoccupante pour tous les acteurs de la préservation de l’environnement, qui tirent ainsi la sonnette d’alarme : si les forêts continuent de disparaître à ce rythme effréné, des conséquences désastreuses surviendraient et les Hommes compteraient malheureusement parmi les victimes, au même titre que la faune et la flore.   

La déforestation et la dégradation des forêts, la perte continue de biodiversité et la dégradation continue des écosystèmes ont des conséquences profondes sur le bien-être et la survie de l’homme.4 

Ce sont 13 millions d’hectares qui ont disparu en 2018 (WRI-GFW, 2019) et c’est une moyenne relative chaque année. Une disparition d’écosystèmes si indispensables aurait des conséquences désastreuses sur la faune et la flore, bien sûr, qui n’auront alors plus d’habitat naturel, sur le climat en général mais également pour l’Homme et notamment dans son apport en eau potable.  

 En effet, ¾ de l’eau mondiale accessible provient en effet de bassins versants forestiers, et les 2/3 des grandes villes des pays en développement dépendent des forêts pour leur approvisionnement en eau potable5. Cette ressource vitale serait donc en grave danger si les forêts n’étaient pas là pour la filtrer depuis les sols et réguler le cycle hydrique auquel la survie humaine est largement dépendante.  

 Les forêts représentent également des barrières naturelles face aux catastrophes climatiques. Les mangroves, ces « forêts de la mer », constituent une digue naturelle face à la montée des eaux et les tsunamis et protègent ainsi les populations tout en abritant une biodiversité très riche.  

La majorité des nouvelles maladies infectieuses qui touchent les humains, notamment le virus du SRAS-CoV-2 qui est à l’origine de la pandémie actuelle de COVID-19, sont zoonotiques (d’origine animale transmissible à l’Homme). Leur apparition peut être liée à la disparition des habitats suite à une modification des massifs forestiers et à l’expansion démographique. Ces deux phénomènes augmentent en effet les occasions de contact entre les hommes et la faune sauvage et, dans certains cas, à la consommation de viande de brousse. Ces occasions multipliées sont des risques pour les Humains pour contracter les virus alors restreints dans les zones restées sauvages. L’avantage des régions à forte biodiversité pouvant protéger les populations de certaines maladies infectieuses par effet de dilution est alors moindre. En conséquence, les populations rurales perdent l’accès à la nourriture et aux médicaments ce qui se traduit par une incidence accrue d’insécurité alimentaire, de malnutrition et de maladies. 

La pandémie de COVID-19 nous a fait prendre conscience de la connectivité mais aussi de la fragilité de nos sociétés. Cette pandémie s’inscrit dans cette augmentation des épidémies et des émergences de nouvelles maladies infectieuses des dernières décennies. Nombre d’entre elles sont liées aux animaux. La meilleure préparation face à ces dangers et de s’attaquer aux facteurs à leurs origines et de travailler à l’amélioration de la prévention à l’échelle des territoires et des habitats.

Serge Morand, chercheur au CNRS-CIRAD, enseignant à la Faculté de médecine tropicale de Bangkok (Thaïlande) et écologue vivant en Asie du Sud-Est.

 

 

De la nécessité de relier les Humains et les forêts dans les zones de destruction forte des écosystèmes : l’exemple du projet FARE 

 

Le premier objectif de Développement Durable (ODD) “Pas de pauvreté” vise justement à répondre à cette problématique d’inégalités et c’est sur lequel s’appuie notamment certains projets de Planète Urgence, dont le projet FARE (Appui à la Filière Anacarde, à la Restauration d’Espaces dégradés et à la résilience des écosystèmes et des communautés autour du Parc National de la Bénoué) au Cameroun.  

Le Cameroun est l’un des 10 fronts majeurs de déforestation enregistrés en 2018, avec une perte de 57 935 hectares de forêts primaires (Global Forest Watch, 2019). La surexploitation du bois, mêlée au développement d’une agriculture industrielle extensive (huile de palme et hévéa notamment), contribue massivement à cette déforestation. Ce projet s’inscrit donc dans un contexte local particulier et est mis en œuvre dans la région Nord du pays, sujette à des migrations importantes de populations alentours et de la faune sauvage. Ces mouvements exercent une forte pression sur les écosystèmes forestiers et la biodiversité de la région, un constat auquel il est nécessaire d’agir notamment grâce à l’agroforesterie.  

 

L’objectif du projet FARE est triple :   

 

  • Restaurer les espaces dégradés dans et en périphérie du PNB via le reboisement d’arbres à noix de cajou (anacarde) et fruitiers  

Cette action centrale du projet permet de mobiliser des agricultrices.eurs  au sein des communautés ciblées pour mettre en place des pépinières communautaires et individuelles, reboiser les plants d’anacardiers ainsi produits, en assurant la protection des pépinières et des vergers. Les arbres plantés favorisent la régénération de corridors naturels dégradés jusqu’alors par une pression humaine croissante (riverains et migrants à la recherche de terres cultivables et d’habitation) et par conséquent, le retour de la faune sauvage dans ces corridors de migration censés assurer une connectivité naturelle entre les 3 parcs nationaux de la région du Nord.  

 

  • Assurer l’indépendance économique locale  

Afin de favoriser l’autonomisation des communautés, Planète Urgence et son partenaire CERAF-Nord souhaitent renforcer les capacités des producteurs de la filière anacarde en matière de techniques culturales et de suivi des plantations. Par la suite, les objectifs sont l’amélioration de leurs conditions de vie grâce à la sécurité alimentaire que ces reboisements signifient ainsi qu’aux revenus complémentaires provenant de la vente commerciale des fruits. Cela contribuera à diversifier leurs moyens d’existence, notamment durant la période de soudure (période de l’année précédant les premières récoltes) où les produits viennent à manquer.  

 

  • Sensibiliser à l’environnement  

L’objectif est ici de sensibiliser davantage de productrices.eurs pour intégrer la filière anacarde et ainsi favoriser la structuration en groupements et réseaux collectifs. La sensibilisation aux techniques de création et d’entretien des pépinières et le suivi des vergers font également partie de ces ateliers.  

 

Les chiffres clés de FARE 2020-2021 :  

  • 219 846 arbres plantés en vergers agroforestiers depuis 2020  
  • 8 pépinières mises en place  
  • 1 162 productrices et producteurs soutenu.es bénéficiaires du reboisement  
  • Acquisition et installation de dispositifs de pompage solaire et d’arrosage pour 3 pépinières du projet  

 

Perspectives 2022 :   

  • Objectif de 100 000 arbres plantés  
  • Renforcement des actions en faveur de la préservation de la biodiversité au sein du Parc National de la Bénoué  

 

Les forêts sont évidemment au cœur des enjeux du changement climatique car elles représentent le 2eme puit de carbone mondial après les océans. Elles fournissent également tout ce dont nous avons besoin : eau, nourriture, médicaments, services. De par les nombreux bienfaits qu’ils procurent, les écosystèmes forestiers sont donc essentiels pour la vie humaine. Une forêt, c’est bien plus que des arbres : elle est au cœur de la vie sur la planète ! Alors quand on a conscience de toute cette richesse de la forêt, n’est-ce pas notre rôle à tous de la préserver ?  

 

Aidez-nous à recréer un lien durable entre les Humains et les forêts là où les écosystèmes sont les plus menacés 

Donner en faveur des actions de Planète Urgence 

 

Article écrit en corédaction avec le scientifique Serge Morand. 

A propos de Serge Morand 

 

Serge Morand est un chercheur au CNRS-CIRAD, enseignant à la Faculté de médecine tropicale de Bangkok (Thaïlande) et écologue vivant en Asie du Sud-Est. Son dernier livre paru en septembre 2020 L’homme, la faune sauvage et la peste (Fayard) présente les principales causes de l’apparition de nouvelles maladies infectieuses (dont le COVID-19), dont notamment la déforestation et la surexploitation de nos forêts mondiales.  

 

Sources & Webographie  

 

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