13 mai 2026 • ACTUALITÉS

Déforestation mondiale en 2025 : un ralentissement encourageant, mais des forêts toujours sous pression

Analyse des données 2025 de Global Forest Watch : recul partiel de la perte forestière, mais maintien de tendances structurelles liées aux activités humaines et au climat.

Les nouvelles données publiées par le World Resources Institute (WRI) et Global Forest Watch (GFW), en partenariat avec l’Université du Maryland, montrent un ralentissement de la destruction des forêts primaires tropicales en 2025. Après une année 2024 marquée par des incendies extrêmes et des records de perte forestière, les chiffres 2025 témoignent d’une amélioration relative.

Mais derrière cette baisse se cache une réalité plus complexe : la déforestation mondiale reste à des niveaux très élevés, largement incompatibles avec l’objectif international « d’arrêter et d’inverser la perte de forêts d’ici 2030 » (COP26, Glasgow, 2021).

Les forêts tropicales continuent de disparaître sous l’effet combiné de l’expansion agricole, de l’exploitation minière, des incendies et du changement climatique. Et si certaines politiques publiques démontrent qu’il est possible de ralentir la destruction des écosystèmes forestiers, les progrès restent fragiles.

Une baisse de la déforestation tropicale en 2025… mais pas encore un basculement

En 2025, la planète a perdu près de 4,3 millions d’hectares de forêts primaires tropicales. Cela représente l’équivalent de la superficie du Danemark ou encore plus de onze terrains de football détruits chaque minute.

Ce chiffre marque une baisse de 36 % par rapport à 2024, une année exceptionnelle marquée par des incendies massifs dans plusieurs régions du monde.

Toutefois, cette amélioration doit être fortement nuancée : les pertes restent encore 46 % plus élevées qu’il y a dix ans.

Selon Global Forest Watch, les niveaux actuels de déforestation demeurent environ 70 % au-dessus de la trajectoire nécessaire pour atteindre les engagements pris lors de la COP26 visant à stopper et inverser la déforestation d’ici 2030.

Cette situation est particulièrement préoccupante car les forêts primaires tropicales jouent un rôle irremplaçable dans l’équilibre climatique mondial.

Pourquoi les forêts primaires tropicales sont essentielles

Les forêts primaires tropicales remplissent des fonctions vitales :

  • stockage du carbone ;
  • régulation des cycles de l’eau ;
  • maintien des précipitations ;
  • protection des sols ;
  • préservation de la biodiversité ;
  • soutien aux moyens de subsistance de millions de personnes.

Les scientifiques considèrent ces forêts comme des écosytèmes essentiels face au changement climatique.

Pourtant, entre 2002 et 2025, le monde a perdu environ 87 millions d’hectares de forêts primaires humides tropicales. Sur la même période, la couverture arborée mondiale a reculé de 540 millions d’hectares. (GFW)

Agriculture, exploitations minières, incendies : les principaux moteurs de la déforestation

En 2025, l’expansion agricole reste le principal moteur de la destruction des forêts tropicales. La conversion des terres forestières pour la culture du soja, l’élevage bovin, l’huile de palme ou encore le cacao continue d’exercer une pression considérable sur les écosystèmes forestiers, en particulier dans les grands bassins forestiers tropicaux.

À cette pression agricole s’ajoute celle de l’exploitation minière, qui contribue également à l’accélération de la déforestation dans plusieurs régions du monde, notamment pour l’extraction de l’or ou du nickel.

Parallèlement, les incendies jouent désormais un rôle croissant dans les pertes forestières mondiales. En 2025, ils représentent à eux seuls 42 % de la perte mondiale de couverture arborée.

Cette menace est fortement amplifiée par le changement climatique. La hausse des températures, les sécheresses prolongées et les événements climatiques extrêmes rendent les forêts plus vulnérables aux feux et favorisent leur propagation.

Les régions boréales et tempérées sont particulièrement touchées. Au Canada, 5,3 millions d’hectares de forêt ont brûlé en 2025, faisant de cette année la deuxième pire saison d’incendies jamais enregistrée dans le pays.

L’Europe a également connu une intensification marquée des incendies. En France, les pertes de couverture arborée liées aux feux ont été sept fois plus élevées qu’en 2024.

Le Brésil montre que des politiques publiques peuvent fonctionner

Une grande partie de l’amélioration observée en 2025 provient du Brésil, qui abrite la plus vaste forêt tropicale de la planète.

Le pays a réduit de 42 % sa perte de forêt primaire par rapport à 2024, atteignant son niveau le plus bas de perte non liée aux incendies jamais enregistré.

Cette baisse est largement associée au renforcement des politiques environnementales depuis le retour au pouvoir du président Luiz Inácio Lula da Silva. Le gouvernement brésilien a notamment renforcé les contrôles environnementaux, relancé des plans de lutte contre la déforestation et augmenter les sanctions contre les infractions environnementales.

Ces résultats démontrent qu’une volonté politique forte peut produire des effets rapides sur la préservation des forêts. Mais les menaces persistent : l’expansion du soja et de l’élevage reste le principal moteur de déforestation au Brésil et certains reculs réglementaires fragilisent encore les avancées.

Planète Urgence lancera prochainement un projet pilote au Brésil afin de contribuer à la protection et à la restauration des écosystèmes forestiers aux côtés des acteurs locaux.

D’autres pays montrent également des évolutions encourageantes. En Colombie, la perte de forêts primaires a reculé de 17 % en 2025 grâce à un renforcement de la gouvernance forestière, à une meilleure reconnaissance des territoires autochtones et à des efforts accrus de contrôle des chaînes d’approvisionnement.

Indonésie, Pérou, Madagascar : des situations contrastées mais préoccupantes

INDONÉSIE

En Indonésie, la perte de forêt primaire a augmenté de 14 % entre 2024 et 2025, même si les niveaux restent bien inférieurs aux pics observés au milieu des années 2010.

Cette stabilitée relative s’explique notamment par plusieurs mesures de protection : moratoire sur les nouvelles concessions dans les forêts primaires et les tourbières, amélioration de la prévention des incendies et engagements du secteur privé dans la filière huile de palme.

Cependant, l’expansion agricole et minière continue d’exercer une pression importante sur les écosystèmes forestiers, notamment à travers le développement de projets agricoles et l’exploitation du nickel.

Planète Urgence intervient depuis de nombreuses années en Indonésie pour protéger les mangroves, restaurer les écosystèmes forestiers et accompagner les communautés locales dans le développement d’activités économiques durables compatibles avec la préservation des ressources naturelles.

MADAGASCAR

À Madagascar, la situation reste particulièrement alarmante. Le pays a perdu près de 2 % de sa forêt primaire en une seule année, alors que les surfaces forestières restantes sont déjà fortement fragmentées.

Dans plusieurs régions, la déforestation est fortement liée aux besoins locaux en énergie et en terres agricoles, dans un contexte de pauvreté et de vulnérabilité économique.

Cette disparition progressive des forêts menace directement la biodiversité exceptionnelle de l’île ainsi que les populations qui dépendent des ressources forestières.

Planète Urgence y développe des projets de restauration des paysages forestiers, d’agroforesterie et de sensibilisation afin de réduire les pressions exercées sur les forêts naturelles.

PÉROU

Au Pérou, la perte de forêts primaires a reculé de 8 % en 2025 par rapport à l’année précédente. Malgré cette baisse, le pays reste parmi les dix plus touchés au monde par la déforestation tropicale.

L’expansion du cacao, de l’huile de palme et l’orpaillage continuent d’alimenter la destruction des forêts amazoniennes.

Dans la région de Madre de Dios, l’exploitation minière aurifère est devenue l’un des principaux moteurs de perte forestière.

Planète Urgence agit au Pérou à travers des projets de restauration forestière, de sensibilisation environnementale et d’accompagnement des populations locales vers des pratiques plus durables.

Le bassin du Congo reste sous forte pression

La République démocratique du Congo a enregistré en 2025 la troisième plus forte perte mondiale de forêt primaire tropicale. Dans cette région, la déforestation est souvent liée à l’agriculture de subsistance, à la production de charbon de bois et au manque d’alternatives économiques.

Le Cameroun a également connu un niveau record de perte de forêts primaires en 2025 (la plus élevée jamais enregistrée). Cette augmentation est notamment liée à l’expansion des cultures de cacao ainsi qu’aux déplacements de populations provoqués par des conflits armés dans certaines régions.

Le bassin du Congo constitue pourtant le plus grand puits de carbone tropical restant au monde après l’Amazonie.

Sa dégradation fragilise non seulement la biodiversité et les communautés locales, mais aussi la capacité de la planète à absorber une partie des émissions de gaz à effet de serre.

Des forêts de plus en plus vulnérables au changement climatique

Le changement climatique ne constitue plus uniquement une conséquence de la déforestation : il en devient aussi un accélérateur. Les sécheresses, les vagues de chaleur et les incendies plus fréquents augmentent la vulnérabilité des écosystèmes forestiers.

Les scientifiques alertent également sur les risques de points de bascule. Dans certaines régions comme l’Amazonie, la combinaison entre déforestation et dérèglement climatique pourrait entraîner une transformation progressive de la forêt tropicale vers des paysages de type savane.

Une telle évolution aurait des conséquences majeures pour le climat mondial, la biodiversité et les populations humaines.

Les forêts : un enjeu climatique, social et humain

La destruction des forêts ne représente pas uniquement une crise environnementale. Elle menace également :

  • la sécurité alimentaire ;
  • l’accès à l’eau ;
  • les économies locales ;
  • les moyens de subsistance de millions de personnes ;
  • les cultures et savoirs traditionnels.

Dans de nombreuses régions tropicales, les communautés locales dépendent directement des forêts pour vivre : on estime à 1,6 milliard le nombre d’individus dans le monde dont la subsistance dépend directement ou indirectement des forêts (Banque Mondiale).

Préserver les forêts implique donc de soutenir des modèles de développement capables de répondre aux besoins humains tout en limitant la pression sur les ressources naturelles.

Comment Planète Urgence agit pour préserver les forêts

Face à l’ampleur de la déforestation, la plantation d’arbres seule ne suffit pas. Chez Planète Urgence, nous défendons une approche globale de la préservation des forêts, fondée sur la restauration des paysages forestiers et le développement local durable. Notre stratégie FO.RE.T (Forêts, Résilience et Territoires) repose sur une conviction forte : les forêts et les communautés qui en dépendent sont indissociables.

Nous agissons simultanément sur les causes et les conséquences de la déforestation à travers trois grands leviers :

Restaurer les écosystèmes forestiers

Nous soutenons des projets de reforestation et de restauration écologique adaptés aux contextes locaux : développement de systèmes agroforestiers, restauration de mangroves, plantations d’espèces locales, restauration de paysages dégradés…

L’objectif n’est pas seulement de planter des arbres, mais de reconstruire des écosystèmes résilients et fonctionnels.

Soutenir des alternatives économiques durables

Dans de nombreuses régions, la déforestation est liée à la pauvreté et au manque d’alternatives économiques. Nous accompagnons donc les communautés locales vers des activités génératrices de revenus compatibles avec la préservation des forêts : agroécologie, bois-énergie durable, valorisation des ressources locales, pratiques agricoles plus résilientes…

Renforcer les capacités des acteurs locaux

Planète Urgence collabore aujourd’hui avec plus de 70 organisations locales. Nous travaillons aux côtés des communautés, des associations et des acteurs de terrain afin de renforcer leurs capacités d’action, leur gouvernance et leur résilience face aux changements environnementaux.

Agir maintenant pour préserver les forêts

Les données 2025 montrent qu’un ralentissement de la déforestation est possible. Mais elles rappellent également que les progrès restent insuffisants face à l’urgence climatique.

La protection des forêts constitue l’un des leviers les plus puissants pour lutter contre le changement climatique, préserver la biodiversité et soutenir les populations les plus vulnérables.

Soutenez nos actions pour les forêts

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