22 juillet 2026 • ACTUALITÉS

En Indonésie, ils vivent avec la mangrove : 6 histoires qui racontent un écosystème à protéger

À l’est de l’Indonésie, le projet MAHAKAM de Planète Urgence accompagne la restauration des mangroves avec les communautés locales. Découvrez 6 témoignages inspirants.

La mangrove, une forêt entre terre et mer au cœur des vies côtières

À l’est de l’Indonésie, dans la province du Kalimantan oriental, les mangroves dessinent un paysage unique entre rivières, littoral et forêt.

Ces écosystèmes jouent un rôle essentiel : ils abritent une biodiversité exceptionnelle, protègent les côtes face à l’érosion, accueillent de nombreuses espèces marines et soutiennent les moyens de subsistance de millions de personnes à travers le monde.

Mais une mangrove n’est pas seulement un ensemble d’arbres. C’est un territoire vivant.

Un lieu où des enfants grandissent, où des enseignants transmettent des connaissances, où des pêcheurs observent les changements du littoral, où des familles développent leurs activités, et où des habitants s’engagent chaque jour pour restaurer ce que la nature leur offre.

C’est cette relation entre les humains et la mangrove que raconte le projet MAHAKAM, porté par Planète Urgence en Indonésie à travers sa fondation locale, Yayasan Planet Urgensi Indonesia (YPUI).

Déployé dans le delta de la Mahakam, les villages environnants et la réserve naturelle de Teluk Adang, le projet accompagne les communautés locales dans la restauration des écosystèmes de mangrove et la sensibilisation des nouvelles générations.

En 2025, les actions menées ont permis :

  • 175 000 mangroves replantées sur 46,7 hectares
  • 35 enseignants formés et sensibilisés
  • 462 élèves sensibilisés à la préservation des mangroves dans 4 écoles

Mais derrière ces chiffres se cachent surtout des histoires humaines.

Voici celles de six personnes dont la vie est intimement liée à la mangrove.

Grandir dans la mangrove : Rama, l’enfant qui redécouvre son environnement

Dans certains villages, les enfants grandissent avec des forêts autour d’eux. Pas des forêts que l’on visite exceptionnellement. Des forêts qui font partie du quotidien. C’est le cas de Rama, 12 ans, élève à Babulu Laut.

Depuis toujours, les mangroves bordent les cours d’eau près de son village. Elles abritent des crabes entre leurs racines, accueillent de nombreuses espèces animales et façonnent le paysage dans lequel il grandit.

Comme beaucoup d’enfants qui vivent au contact direct de la nature, Rama n’avait jamais vraiment réfléchi à leur importance. La mangrove était simplement là.

Jusqu’à sa participation au Mangrove Kids Championship, une initiative d’éducation environnementale développée dans le cadre du projet Mahakam pour aider les enfants à mieux comprendre leur environnement. À travers des activités pratiques, les élèves ont découvert la richesse cachée de cet écosystème : observer les espèces, explorer la forêt, comprendre les liens entre les êtres vivants.

Pour Rama, cette expérience a changé son regard : « J’ai aimé entrer dans la forêt de mangrove parce que j’ai pu voir tellement d’êtres vivants. »

Son histoire rappelle que la protection de la nature commence souvent par une première étape essentielle : apprendre à la connaître. Car on protège plus facilement ce que l’on comprend.

Apprendre autrement : quand la mangrove devient une salle de classe

Pour certains enfants, la mangrove n’est pas un sujet étudié dans un manuel. C’est leur environnement quotidien.

Pour les enseignants comme Mme Alfi, à Babulu Laut, et M. Hamsah, à Tanjung Limau, la mangrove est devenue une extension naturelle de la salle de classe.

Lorsque Mme Alfi est arrivée dans ce village côtier, elle connaissait peu cet environnement. Elle venait d’un territoire éloigné du littoral et découvrait les marées, les rivières et la vie autour des mangroves. Mais rapidement, ses élèves sont devenus ses premiers enseignants. Elle les observait manger naturellement certains fruits de mangrove ou regarder sans surprise les singes nasiques présents autour du village. Pour eux, c’était normal. Pour elle, c’était une découverte.

Grâce au projet MAHAKAM et au programme d’éducation environnementale, elle a vu ses élèves développer une nouvelle compréhension de leur environnement. Ils n’apprennent plus seulement dans les livres, ils explorent, observent et expérimenter.

À Tanjung Limau, M. Hamsah partage la même conviction : les enfants apprennent mieux lorsqu’ils peuvent être directement en contact avec la nature : « Ils ne veulent pas seulement planter des mangroves. Ils veulent explorer la côte, connaître les noms des arbres et comprendre pourquoi ils sont importants. »

Pour ces enseignants, sensibiliser les enfants ne consiste pas seulement à transmettre des connaissances. C’est leur donner les clés pour devenir les futurs protecteurs de leur territoire.

Une autre façon de cultiver : M. Okong, un éleveur de poissons qui repense son activité

À Babulu Laut, l’aquaculture fait vivre de nombreuses familles. Pour M. Okong, éleveur de poissons de 39 ans, préserver son activité passe aussi par la protection de l’écosystème qui l’entoure.

Pendant plusieurs années, il a utilisé des pratiques courantes dans les bassins aquacoles, notamment certains produits chimiques. Mais avec le temps, il a constaté leurs limites : des sols fragilisés et une production moins durable.

Sa participation à la Field Farmer School, organisée dans le cadre du projet Mahakam, lui a permis de découvrir de nouvelles pratiques pour améliorer la santé de ses bassins, comme l’utilisation de probiotiques ou une meilleure sélection des alevins.

Aujourd’hui, M. Okong applique ces nouvelles méthodes et choisit également de préserver et planter des mangroves autour de ses bassins. Pour lui, aquaculture et protection de la nature ne sont pas opposées : une activité durable dépend aussi d’un environnement en bonne santé.

 

Restaurer une forêt prend du temps : Kamran et Darwis, les gardiens patients de la mangrove

Planter une mangrove ne prend que quelques minutes. Mais lui permettre de grandir demande des années de patience et de soin.

À Babulu Laut, M. Kamran accompagne chaque jour la croissance des jeunes plants. Après la plantation, il continue de surveiller leur évolution, de remplacer ceux qui n’ont pas survécu et de protéger les nouvelles pousses face aux défis du littoral, comme les marées ou les courants.

Pour lui, la restauration porte déjà ses fruits : les mangroves renforcent la côte, limitent l’érosion et créent de nouveaux habitats pour la biodiversité.

« S’il n’y avait pas de mangroves, les vagues atteindraient progressivement les bassins et les maisons. »

À Salo Palai, M. Darwis connaît lui aussi la valeur du temps long. Il y a plus de vingt ans, il a commencé à planter des mangroves le long des côtes, des rivières et des bassins. À l’époque, il était difficile d’imaginer que ces jeunes plants deviendraient un jour de véritables forêts.

Aujourd’hui, il observe le résultat de ce travail : des paysages transformés, des côtes mieux protégées et un écosystème qui bénéficie aux communautés locales.

« C’est agréable de voir les arbres grandir. Les plants étaient difficiles à collecter et à planter, mais aujourd’hui nous voyons les résultats. »

Les histoires de Kamran et Darwis rappellent que restaurer une forêt ne se résume pas à planter des arbres. C’est un engagement dans la durée, porté par des personnes qui choisissent d’en prendre soin année après année.

Des ressources de la mangrove à l’autonomie des femmes : l’histoire d’Itarni

À Muara Badak, Mme Itarni connaît depuis toujours le lien étroit entre les habitants et leur environnement.

Depuis son enfance, elle observe combien les ressources de la côte (poissons, crevettes et autres produits marins) dépendent de la santé des écosystèmes qui les entourent.

Au sein d’un groupe de femmes, elle transforme aujourd’hui ces ressources locales en produits alimentaires, tout en développant de nouvelles compétences grâce à l’accompagnement de Yayasan Planet Urgensi Indonesia (YPUI) et de Yayasan Mangrove Lestari.

Pour elle, protéger les mangroves ne signifie pas seulement préserver une forêt : c’est aussi protéger les moyens de subsistance des familles qui dépendent de la côte.

« Les mangroves sont importantes parce qu’elles protègent les ressources dont dépendent nos communautés. »

Son engagement montre que la conservation peut aussi créer de nouvelles opportunités pour les communautés locales, en particulier pour les femmes qui jouent un rôle essentiel dans la résilience des territoires côtiers. Car une côte préservée ne fait pas seulement grandir des mangroves : elle fait aussi grandir des savoirs, des projets et des perspectives d’avenir.

 

Depuis la mer : Nurdin, le pêcheur qui observe les changements du littoral

Pour M. Nurdin, la côte n’est pas seulement un lieu de travail. C’est un environnement qu’il connaît depuis toujours.

Pêcheur à Babulu Laut et membre d’un groupe de restauration des mangroves soutenu par le projet Mahakam, il observe chaque jour les évolutions du littoral.

Au fil des années, il a vu les changements : davantage de déchets dans l’eau, du plastique retrouvé dans ses pièges à crabes… Mais il a aussi constaté les effets positifs de la restauration des mangroves : « Avant, les vagues atteignaient davantage les terres. Aujourd’hui, les mangroves jouent leur rôle de protection naturelle. »

Pour lui, les mangroves sont une protection naturelle : elles réduisent l’érosion, abritent la vie marine et contribuent à préserver les ressources dont dépendent les pêcheurs.

Son savoir vient avant tout de son expérience. Depuis des années, il observe la mer, les marées et les transformations de son territoire : « Il vaut mieux vivre aux côtés des mangroves. »

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