12 octobre 2026 • ACTUALITÉS

Biodiversité et forêts : pourquoi ces deux enjeux sont indissociables

Les forêts abritent une biodiversité exceptionnelle et dépendent de millions d’interactions entre les espèces. Découvrez pourquoi protéger les forêts, c’est protéger le vivant.

Les forêts comptent parmi les principaux réservoirs de biodiversité de la planète. Mais leur richesse écologique ne tient pas uniquement au nombre d’espèces qu’elles abritent : elle repose sur les interactions complexes qui permettent à ces écosystèmes de fonctionner, de se régénérer et de résister aux perturbations. Comprendre cette interdépendance est essentiel pour mesurer les conséquences de la déforestation et mieux protéger le vivant.

Les forêts, des réservoirs exceptionnels de biodiversité

Les forêts occupent une place centrale dans les grands équilibres écologiques de notre planète. Selon la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture), elles couvrent aujourd’hui 4,14 milliards d’hectares, soit environ 32 % des terres émergées.

Ces écosystèmes constituent des habitats essentiels pour une part considérable des espèces terrestres. Leur richesse biologique s’observe à toutes les échelles : de la diversité des paysages forestiers à celle des espèces animales et végétales, jusqu’à la diversité génétique au sein d’une même population.

Quelques chiffres

Selon le rapport La Situation des forêts du monde 2020, publié par la FAO et le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), les forêts de la planète procurent un habitat à :

  • 80 % des espèces d’amphibiens connues ;
  • 75 % des espèces d’oiseaux ;
  • 68 % des espèces de mammifères.

Par ailleurs, environ 60 % des espèces de plantes vasculaires se trouvent dans les forêts tropicales. Ce groupe rassemble les végétaux possédant des tissus spécialisés pour transporter l’eau et les nutriments, notamment les arbres, les fougères et les plantes à fleurs.

Ces données illustrent le rôle majeur des écosystèmes forestiers dans la conservation de la biodiversité mondiale.

Une diversité d’écosystèmes forestiers à travers le monde

La biodiversité forestière varie considérablement selon les régions du globe. Des forêts boréales aux forêts tempérées, en passant par les forêts tropicales, chaque grand type d’écosystème accueille des communautés d’espèces adaptées à des conditions climatiques et environnementales spécifiques.

Les forêts boréales, caractérisées notamment par leurs vastes peuplements de conifères, constituent des habitats essentiels pour de nombreuses espèces adaptées aux climats froids. Les forêts tempérées présentent quant à elles une diversité de feuillus et de conifères, ainsi qu’une forte saisonnalité qui influence les cycles biologiques des espèces.

Les forêts tropicales se distinguent par une richesse spécifique particulièrement élevée. Dans les régions tropicales humides, la disponibilité relativement constante de chaleur, d’eau et d’énergie solaire favorise une forte productivité biologique. Leur organisation en différentes strates, du sol à la canopée, multiplie également les habitats disponibles et permet la coexistence d’espèces aux besoins écologiques variés.

Les forêts tropicales couvrent environ 7% des terres émergées et abritent plus de la moitié des espèces connues (WWF).

Cette diversité des écosystèmes forestiers rappelle que la préservation de la biodiversité ne peut reposer sur une approche uniforme : elle nécessite de tenir compte des caractéristiques écologiques propres à chaque territoire.

Les hotspots de biodiversité : quand la disparition des forêts menace des espèces uniques au monde

Si toutes les forêts jouent un rôle dans la préservation de la biodiversité, certaines régions forestières présentent des enjeux de conservation particulièrement importants. C’est notamment le cas des hotspots de biodiversité, ou points chauds de la biodiversité, qui concentrent un nombre exceptionnel d’espèces endémiques tout en subissant une forte dégradation de leurs habitats naturels.

Développé par l’écologue Norman Myers, puis approfondi par Conservation International, ce concept permet d’identifier les territoires où la richesse biologique et le niveau de menace rendent les efforts de conservation particulièrement importants. Pour être reconnu comme un hotspot de biodiversité, un territoire doit répondre à deux critères scientifiques :

  • Abriter au moins 1 500 espèces de plantes vasculaires endémiques, c’est-à-dire qui n’existent naturellement nulle part ailleurs.
  • Avoir perdu au moins 70 % de sa végétation naturelle d’origine.

Aujourd’hui, 36 hotspots sont reconnus à l’échelle mondiale. Leurs habitats naturels encore intacts ne représentent qu’environ 2,5 % de la surface terrestre, mais ces régions abritent plus de la moitié des espèces végétales mondiales en tant qu’espèces endémiques, ainsi que près de 43 % des espèces d’oiseaux, de mammifères, de reptiles et d’amphibiens en tant qu’espèces endémiques.

Bien que les hotspots ne soient pas exclusivement forestiers, plusieurs d’entre eux comprennent des écosystèmes forestiers d’une richesse exceptionnelle, notamment à Madagascar, dans les forêts guinéennes d’Afrique de l’Ouest ou encore dans le Sundaland, qui comprend notamment Bornéo et Sumatra.

La préservation des forêts constitue donc un levier majeur pour protéger une biodiversité parfois irremplaçable. Mais leur importance ne repose pas uniquement sur le nombre d’espèces qu’elles abritent : ces espèces entretiennent également des interactions écologiques indispensables au fonctionnement et au renouvellement des écosystèmes forestiers.

Sources : Conservation International, Biodiversity Hotspots.

Comment la biodiversité permet-elle aux forêts de fonctionner ?

Le fonctionnement d’une forêt repose sur une multitude d’interactions entre les organismes qui la composent. Les scientifiques parlent de diversité fonctionnelle pour désigner la variété des caractéristiques et des rôles écologiques assurés par les espèces : pollinisation, dispersion des graines, décomposition de la matière organique, recyclage des nutriments ou encore régulation des populations.

Ces fonctions sont interdépendantes. Lorsqu’une espèce disparaît, ce n’est donc pas uniquement une composante de la biodiversité qui est perdue : certaines interactions écologiques peuvent également être perturbées, avec des conséquences sur l’ensemble de l’écosystème.

Les animaux, acteurs indispensables de la régénération forestière

Dans les forêts, de nombreuses espèces végétales dépendent des animaux pour assurer la dispersion de leurs graines. Oiseaux, primates, chauves-souris et autres mammifères consomment des fruits, transportent les graines puis les déposent à distance de l’arbre dont elles proviennent.

Ce mécanisme, appelé zoochorie, favorise la régénération naturelle des forêts, la colonisation de nouveaux espaces et les échanges génétiques entre populations végétales. Il contribue également au maintien de la diversité des essences forestières.

Certaines espèces animales jouent un rôle particulièrement important. C’est notamment le cas des grands mammifères frugivores (qui se nourrissent de fruits mûrs), capables de disperser des graines volumineuses que les animaux de plus petite taille ne peuvent pas transporter. Leur disparition peut ainsi modifier progressivement la composition des peuplements forestiers, en défavorisant certaines espèces d’arbres au profit d’autres.

La disparition de la faune peut donc compromettre le renouvellement d’une forêt, même lorsque son couvert végétal semble encore intact.

Les champignons et les arbres : une symbiose essentielle

Une part importante du fonctionnement des forêts se joue également sous terre, au niveau des sols et des systèmes racinaires. Parmi les interactions fondamentales figurent les relations de symbiose entre les arbres et certains champignons.

La symbiose désigne une association étroite et durable entre deux organismes appartenant à des espèces différentes.

Les champignons mycorhiziens colonisent les racines des arbres et développent dans le sol un réseau de filaments microscopiques, appelé mycélium. Celui-ci augmente la surface d’exploration du système racinaire et facilite l’absorption de l’eau et de certains nutriments, notamment le phosphore et l’azote. En échange, l’arbre fournit au champignon des composés carbonés issus de la photosynthèse.

Ces associations contribuent à la nutrition des végétaux, à leur croissance et, selon les conditions, à leur tolérance face à certains stress environnementaux. Elles rappellent également que la biodiversité forestière comprend une composante souterraine essentielle, encore moins visible et moins étudiée que la faune et la flore présentes en surface.

Les insectes et les micro-organismes, au cœur des cycles écologiques

Les insectes interviennent dans de nombreuses fonctions écologiques indispensables au maintien des écosystèmes forestiers.

Certains assurent la pollinisation des plantes à fleurs, tandis que d’autres participent à la fragmentation du bois mort et de la matière végétale. Les organismes décomposeurs, notamment les champignons et les bactéries, transforment ensuite cette matière organique et contribuent au recyclage des nutriments.

Les insectes prédateurs et parasitoïdes participent également à la régulation des populations d’autres espèces, limitant dans certaines conditions les pullulations susceptibles de fragiliser la végétation.

Ainsi, la biodiversité assure un ensemble de fonctions complémentaires qui permettent aux forêts de maintenir leur productivité, leur fertilité et leur capacité de renouvellement.

Pourquoi une forêt riche en biodiversité est-elle généralement plus résiliente ?

Face au changement climatique, la biodiversité constitue un facteur important de stabilité des écosystèmes forestiers.

Les espèces végétales présentent des caractéristiques écologiques différentes : profondeur des racines, besoins en eau, rythme de croissance, tolérance à la chaleur ou encore résistance à certains agents pathogènes. Cette diversité de réponses peut permettre à une forêt de mieux maintenir ses fonctions lorsqu’elle est confrontée à une perturbation.

On parle alors de résilience écologique, c’est-à-dire de la capacité d’un écosystème à absorber une perturbation, à se réorganiser et à conserver ses fonctions essentielles.

La diversité des espèces peut notamment favoriser la complémentarité dans l’utilisation des ressources : certains arbres exploitent les horizons superficiels du sol tandis que d’autres puisent l’eau plus profondément, réduisant ainsi certaines formes de compétition.

Toutefois, cette relation n’est pas automatique. La résilience dépend aussi de la composition des espèces, de l’état des sols, de la structure forestière, de l’intensité des perturbations et du contexte climatique.

Une forêt diversifiée n’est donc pas invulnérable, mais préserver sa biodiversité permet de maintenir davantage de mécanismes écologiques susceptibles de soutenir son adaptation.

Déforestation et perte de biodiversité : une réaction en chaîne

La destruction des forêts constitue l’une des principales pressions exercées sur la biodiversité mondiale.

Selon la FAO, la déforestation mondiale a atteint en moyenne 10,9 millions d’hectares par an entre 2015 et 2025. Bien que son rythme ait ralenti par rapport aux décennies précédentes, la conversion des forêts vers d’autres usages des terres continue de détruire et de dégrader des habitats essentiels.

Ses conséquences écologiques vont cependant bien au-delà de la seule réduction des surfaces boisées.

La fragmentation des habitats menace la survie des espèces

Lorsqu’un massif forestier est divisé en plusieurs fragments isolés, les déplacements des espèces deviennent plus difficiles.

Cette perte de connectivité écologique limite les échanges entre populations, notamment les déplacements nécessaires à l’alimentation, à la reproduction et à la dispersion des individus.

À long terme, cet isolement peut entraîner une diminution de la diversité génétique et accroître la vulnérabilité des populations face aux maladies ou aux changements environnementaux.

La fragmentation provoque également ce que les écologues appellent des effets de lisière.

À proximité des bordures forestières, les conditions environnementales diffèrent de celles observées au cœur d’une forêt continue : températures parfois plus élevées, humidité plus faible, exposition accrue au vent et modification de la composition des espèces.

Ces changements peuvent fragiliser les organismes qui dépendent des conditions particulières des milieux forestiers intérieurs.

La déforestation participe à la crise mondiale de la biodiversité

Selon l’IPBES, environ un million d’espèces animales et végétales sont menacées d’extinction à l’échelle mondiale.

Les changements d’utilisation des terres et des mers figurent parmi les cinq principaux facteurs directs de cette érosion, aux côtés de l’exploitation directe des organismes, du changement climatique, de la pollution et des espèces exotiques envahissantes.

La déforestation contribue ainsi à la crise actuelle de la biodiversité, dont l’ampleur et la rapidité alimentent les travaux scientifiques sur le risque d’une sixième extinction de masse.

Un autre phénomène, moins visible, mérite également notre attention : la défaunation, qui désigne la diminution ou la disparition progressive des populations animales d’un écosystème.

Une forêt peut conserver une couverture arborée relativement dense tout en ayant perdu une part importante de sa faune. Cette disparition peut perturber la dispersion des graines, la pollinisation et d’autres interactions écologiques indispensables à son fonctionnement. La surface forestière ne suffit donc pas, à elle seule, à mesurer l’état de conservation d’un écosystème.

La dégradation des écosystèmes peut aussi favoriser certaines maladies

La destruction et la fragmentation des habitats modifient les interactions entre les espèces sauvages, les animaux domestiques et les populations humaines.

Dans certains contextes, ces transformations peuvent favoriser les contacts avec des agents pathogènes et accroître les risques d’émergence de maladies zoonotiques, c’est-à-dire transmissibles entre les animaux et les êtres humains.

Le lien entre biodiversité et santé est toutefois complexe : toutes les perturbations écologiques ne conduisent pas systématiquement à une augmentation des maladies.

Les conséquences de cette dégradation dépassent les seules espèces forestières. En perturbant les interactions entre les organismes vivants, la perte de biodiversité peut également altérer les fonctions écologiques assurées par les forêts, notamment le stockage du carbone, la régulation du cycle de l’eau ou encore la fertilité des sols. La préservation de la biodiversité forestière constitue ainsi un enjeu majeur, tant pour le maintien des équilibres écologiques que pour les populations humaines qui en dépendent.

Pourquoi restaurer les forêts ne suffit pas sans préserver leur biodiversité ?

Face à la dégradation des écosystèmes, la restauration forestière constitue un levier essentiel. Mais son efficacité ne peut être évaluée uniquement à partir du nombre d’arbres plantés ou des surfaces reboisées.

Une restauration écologique doit chercher à rétablir les processus qui permettent à un écosystème de fonctionner durablement : régénération naturelle, diversité des espèces, qualité des sols, connectivité des habitats et retour progressif des interactions entre la faune et la flore.

Le choix des espèces végétales constitue notamment un enjeu central. Les essences doivent être adaptées aux conditions écologiques locales, aux caractéristiques des sols et aux évolutions climatiques attendues.

Il est également important de distinguer plusieurs approches complémentaires :

  • La conservation, qui vise à préserver les écosystèmes existants et à limiter les pressions qu’ils subissent.
  • La régénération naturelle, qui consiste à favoriser le renouvellement spontané de la végétation lorsque les conditions écologiques le permettent.
  • La restauration écologique, qui cherche à accompagner le rétablissement d’un écosystème dégradé, de sa biodiversité et de ses fonctions.

Une plantation monospécifique peut répondre à certains objectifs de production, mais elle ne présente pas nécessairement les mêmes caractéristiques écologiques qu’une forêt naturelle diversifiée.

De même, une forêt ancienne ne peut être recréée en quelques années : la complexité de ses sols, de sa structure et des interactions entre espèces résulte de processus écologiques qui s’inscrivent parfois sur plusieurs siècles.

La priorité doit donc être double : préserver les forêts encore fonctionnelles et restaurer les écosystèmes dégradés en tenant compte de leur biodiversité.

Préserver les forêts et la biodiversité : deux enjeux indissociables

Les forêts constituent des habitats essentiels pour une part considérable de la biodiversité terrestre. En retour, les interactions entre les espèces assurent leur régénération, leur productivité et leur capacité d’adaptation aux changements environnementaux.

La disparition d’une espèce, la fragmentation d’un habitat ou la dégradation d’un sol peuvent ainsi entraîner des conséquences qui dépassent largement l’élément directement touché.

Comprendre cette interdépendance permet également de dépasser une approche de la préservation forestière centrée sur les seules surfaces boisées, pour considérer la qualité écologique des milieux, leur diversité biologique et leur fonctionnement à long terme.

Préserver les forêts et protéger la biodiversité relèvent d’un même objectif : maintenir des écosystèmes vivants, fonctionnels et capables de soutenir durablement les équilibres écologiques dont nous dépendons.

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