22 June 2026 • NEWS

Dans le delta de la Mahakam, restaurer les mangroves avec les communautés locales

Et si la restauration des mangroves passait d’abord par celles et ceux qui vivent à leurs côtés ? En Indonésie, le projet MAHAKAM mise sur une approche locale et durable.

Dans l’est du Kalimantan, en Indonésie, le projet MAHAKAM agit pour restaurer des écosystèmes de mangrove fortement dégradés, tout en accompagnant les communautés côtières qui en dépendent. Entre restauration écologique, suivi scientifique, sensibilisation et renforcement des pratiques locales, le projet illustre une approche globale de la protection des littoraux. 

Un territoire clé pour les mangroves

Mis en œuvre par Yayasan Planet Urgensi Indonesia (YPUI), entité juridique de la délégation nationale indonésienne de Planète Urgence, avec des partenaires locaux, le projet MAHAKAM se déploie dans le Kalimantan oriental, notamment dans les zones du delta de la Mahakam, de Teluk Adang et de Babulu Laut. Son objectif est double : contribuer à la restauration des mangroves dégradées et renforcer la résilience des communautés côtières face aux effets du changement climatique. L’enjeu est majeur. L’Indonésie abrite environ un quart des mangroves mondiales, des écosystèmes essentiels pour la biodiversité, la protection des littoraux et le stockage du carbone.

Dans le delta de la Mahakam et à Teluk Adang, près de 70 % des écosystèmes de mangrove ont été dégradés, principalement sous l’effet du développement non durable de bassins aquacoles dédiés à l’élevage de poissons ou de crevettes. Cette dégradation fragilise aussi les populations locales, dont une grande partie dépend de la pêche et des ressources côtières pour vivre.

Depuis 2022, le projet MAHAKAM mène des actions de restauration sur plusieurs sites, en lien avec les partenaires et les groupes communautaires locaux. Des centaines de milliers de palétuviers ont ainsi été plantés, avec différentes espèces adaptées aux milieux concernés, parmi lesquelles Rhizophora, Avicennia, Sonneratia, Bruguiera et Ceriops.

 

En savoir plus sur les mangroves

Restaurer, c’est aussi mieux comprendre les écosystèmes

Pour renforcer l’efficacité des actions menées, le programme ne se limite pas à la plantation. Il s’appuie également sur l’observation et le suivi de la biodiversité, afin de mieux comprendre l’évolution des milieux restaurés et les espèces qui les fréquentent. 

En juin et juillet 2025, une étude de biodiversité a été conduite autour des zones de restauration de mangroves du village de Sebuntal, dans le district de Marangkayu, ainsi que dans la nouvelle zone d’intervention de Salo Palai, à Muara Badak. L’objectif était de collecter des données de référence et de suivre la présence de la faune autour des sites existants et des futures zones de restauration. 

L’étude a combiné des observations directes et indirectes : observation d’animaux, écoute de sons, repérage de traces d’alimentation ou encore identification d’empreintes. Elle a également intégré l’utilisation d’équipements bioacoustiques pour enregistrer les sons de la faune, avec une analyse assistée par intelligence artificielle et par comparaison avec des références sonores existantes. 

À Sebuntal, plusieurs groupes de singes nasiques ont été observés dans les habitats de mangrove et de broussailles proches des sites de restauration. D’autres espèces ont également été recensées, comme des macaques à longue queue, des oiseaux d’eau, ainsi que des indices de présence de crocodiles d’estuaire. À Salo Palai, les équipes ont identifié des langurs de Java et des macaques à longue queue, tandis que les communautés locales ont signalé des observations ponctuelles de singes nasiques. 

Associer les communautés à une gestion durable du littoral

La restauration des mangroves ne peut être durable que si elle s’inscrit dans les réalités économiques et sociales des territoires. C’est dans cette logique que le projet MAHAKAM intègre des actions de sensibilisation, de formation et d’accompagnement auprès des communautés locales. 

La Field Farmers School (FFS), lancée comme initiative pilote dans le cadre du New Mahakam Program, a été mise en œuvre de novembre 2025 à février 2026 à Muara Badak et Babulu Laut. Elle vise à renforcer les connaissances des agriculteurs et aquaculteurs sur les pratiques d’aquaculture durable, notamment à travers l’intégration des mangroves dans les systèmes de gestion des bassins. 

Au total, 47 participants ont pris part à ce programme, fondé sur l’apprentissage de terrain et la pratique. Les sessions ont permis d’aborder la gestion durable des bassins, le rôle écologique des mangroves et les approches capables de concilier restauration environnementale et moyens de subsistance. 

Les premiers résultats sont encourageants : le niveau moyen de connaissances des participants, mesuré avant et après la formation, est passé de 35,65 % à 64,35 %. Cette progression témoigne d’une meilleure compréhension des pratiques d’aquaculture durable. « Je suis plus motivé, car l’équipe du programme continue de nous accompagner », a témoigné Kamran, l’un des participants. 

Au-delà de la transmission technique, cette initiative a favorisé les échanges de connaissances entre membres de la communauté et renforcé l’engagement local en faveur d’une gestion côtière plus durable. 

Sensibiliser les jeunes générations

Le projet MAHAKAM agit également auprès des plus jeunes, car la protection des mangroves repose aussi sur la transmission des connaissances et l’appropriation locale des enjeux environnementaux. 

Début janvier 2026, le Mangrove Kids Championship a été organisé pour faire découvrir les écosystèmes de mangrove aux enfants dès le plus jeune âge. Pensée comme une expérience d’apprentissage en plein air, l’activité associait courtes sorties de terrain sur le littoral, observation de la faune et de la flore, et exploration sensorielle. 

Mise en œuvre à Muara Badak et Babulu Laut, cette action a réuni 39 élèves et 6 enseignants. Grâce à une approche interactive et ludique, les enfants ont pu découvrir directement les zones de mangrove et mieux comprendre leur importance. L’initiative vise aussi à encourager les élèves à partager ce qu’ils ont appris avec leurs familles et leurs communautés. 

« J’ai beaucoup aimé et j’espère pouvoir participer à nouveau », a confié Awhan, l’un des enfants ayant pris part à l’activité. 

Suivre les plantations pour mieux les pérenniser

Après la plantation, le suivi constitue une étape essentielle. Il permet d’évaluer l’état des sites, de mesurer le taux de survie des jeunes palétuviers et d’identifier les facteurs qui peuvent freiner la restauration. 

À Babulu Laut, des activités de suivi post-plantation ont été menées du 23 au 26 décembre 2025. Les équipes ont dû adapter leurs interventions aux conditions de marée, qui déterminent l’accès aux sites et le bon déroulement des opérations de cartographie. Dans ces zones côtières vulnérables à l’abrasion, le suivi de terrain est particulièrement exigeant. 

Les activités commencent souvent avant le lever du soleil afin de s’adapter aux horaires des marées. Les déplacements sont assurés par des bateaux locaux, tandis que les limites des parcelles étaient vérifiées à l’aide d’images prises par drone, en complément du suivi GPS. 

Au total, sept parcelles de suivi ont été cartographiées, avec la participation de 11 personnes, dont des membres de l’équipe projet, des organisations partenaires et des stagiaires. Au-delà de la collecte de données, cette phase a permis de renforcer la collaboration entre les équipes impliquées dans le programme. 

Apprendre du terrain pour améliorer les futures actions

Les résultats observés sur les différents sites montrent que la restauration des mangroves est un processus complexe, qui dépend fortement des conditions locales. Entre 2022 et 2025, les plantations suivies dans le cadre du projet MAHAKAM ont donné des résultats variés. Certaines zones ont présenté une bonne croissance, tandis que d’autres ont connu une mortalité plus importante des jeunes plants. 

Ces difficultés peuvent être liées à l’érosion, à la submersion par les marées, à la présence d’organismes marins comme les crabes et les balanes, ou encore à des facteurs environnementaux plus difficiles à identifier. Dans certains cas, même les efforts de replantation ont abouti à des taux de survie très faibles. 

Pour mieux comprendre ces résultats, Yayasan Planet Urgensi Indonesia (YPUI) a collaboré avec Mangrove Action Project (MAP), une organisation reconnue internationalement pour son expertise dans la restauration écologique des mangroves. L’évaluation a porté sur 25 sites répartis dans sept villages des districts de Kutai Kartanegara, Penajam Paser Utara et Paser, couvrant des zones côtières, d’anciens bassins aquacoles et des berges de rivière. 

L’analyse a montré que certains sites se développaient correctement sans nécessiter d’intervention majeure. D’autres avaient encore besoin d’améliorations, notamment en matière d’hydrologie, de choix des espèces, de techniques de plantation et de méthodes de suivi. Parmi les recommandations formulées figurent l’augmentation de la diversité des espèces, l’évitement des zones de plantation situées à trop basse altitude, la réduction de l’utilisation des polybags, l’amélioration de la gestion des nuisibles et le renforcement des évaluations écologiques avant toute nouvelle plantation. 

MAP a également recommandé de consolider les protocoles de suivi grâce à des évaluations régulières du taux de survie, à l’ajout de parcelles d’échantillonnage, à des mesures biophysiques comme la salinité et le pH, ainsi qu’à une documentation en time-lapse à partir d’images au sol et aériennes. 

Une approche globale pour des mangroves durables

À travers le projet MAHAKAM, la restauration des mangroves s’inscrit donc dans une démarche plus large : mieux connaître les écosystèmes, accompagner les communautés, sensibiliser les jeunes générations et améliorer les méthodes de suivi sur le terrain. 

Cette approche progressive permet de tirer les enseignements des actions déjà menées et de renforcer les futures stratégies de restauration. Dans un territoire où les mangroves jouent un rôle essentiel pour le climat, la biodiversité et les moyens de subsistance, l’enjeu est de construire une gestion durable du littoral avec celles et ceux qui y vivent au quotidien. 

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