Nos actualités » Actualités de l'ONGVolontourisme ne rime pas avec volontariat

Tissage traditionnel en Thaïlande

22 mars 2019

Le volontariat est une forme d’engagement qui permet de s'engager pour une cause qui tient à cœur. Il peut se révéler être un levier efficace pour l’action des Organisations Non Gouvernementales (ONGs), au cœur de projets de développement des sociétés. Dans un contexte de recherche de sens et d’utilité de chacun, des acteurs privés ont décidé de s’engager sur un marché touristique alternatif. Ce dernier, potentiellement lucratif, envoi de volontaires/clients sans forcément de préparation ou de véritable sélection des profils. Ces entreprises placent l’intérêt du client et sa satisfaction au cœur de leurs préoccupations. C’est la naissance du volontourisme. Cette situation est à l’origine de dérives régulièrement dénoncées par les acteurs volontariat mais plus largement par les acteurs de la solidarité internationale. Celles-ci tentent d’œuvrer pour répondre tout d’abord à l’intérêt supérieur du partenaire sur place et ses bénéficiaires.

Le volontariat pour répondre à des missions de Solidarité Internationale

Le volontariat est utilisé par les acteurs associatifs de la Solidarité Internationale ("non-profit") pour répondre aux besoins d’autonomisation des populations dans les pays dits en développement. Le volontaire met à disposition son temps et ses compétences au profit de populations et communautés cibles ayant formulé des besoins spécifiques en accompagnement. Les missions de volontariat qu’elles soient courtes (quelques semaines) ou longues (plusieurs mois) sont le plus souvent proposées sur des projets de 3 à 5 ans : renforcement des capacités, éducation, etc.

Sur les théâtres de conflits ou de catastrophes naturelles, les acteurs urgentistes sont les premiers à intervenir. Comprenant des métiers aussi divers que médecin, chef de projet, architecte, etc., on parle alors de missions humanitaires. Le plus souvent salariés spécialisés dans l’intervention de l’urgence, ce sont sont de véritables professionnels . Les places pour les volontaires dans ce secteur de l’urgence sont rares, car peu adaptées. C’est la raison pour laquelle nous attirons l’attention sur l'utilisation inappropriée de l'expression « mission humanitaire ». Dans les faits 99% du temps il s’agit de mission de solidarité internationale.

Le volontourisme va avoir tendance à jouer de ces ressorts alors qu'on parle ici d’une nouvelle forme de tourisme.
Réalisé pendant ses vacances, le but de cet engagement est d’effectuer des activités touristiques tout en se "sentant" utile. Certains acteurs n’hésitent pas à brouiller les pistes entre agence de voyage et association à but non lucratif. En utilisant l’image et les codes de la Solidarité Internationale pour attirer et faire partir plus de volontaires, le volontourisme prend de l'ampleur.

Comment reconnaître une mission de volontourisme en 4 points

1) Impact ou pas impact ?

Le volontaire est envoyé sur le terrain car l’ONG encadrante a jugé que ses compétences transmises peuvent générer un impact positif sur les populations locales et leur autonomisation.

Pour une mission de volontourisme, l'objet principal est la satisfaction du client. Les missions réalisées par les volontaires ne font que rarement l’objet d’un suivi de mesure d’impact. Cette situation rend impossible l’évaluation de la réponse aux besoins des populations locales et donc l’effet positif ou négatif à court et moyen terme. Sans mesure de l’impact, les volontouristes s’enchaînent et répètent les mêmes tâches que leurs prédécesseurs. Les populations locales n’obtiennent donc que très peu d’outils pour gagner en autonomie. L’impact en matière d’image est alors catastrophique auprès des bénéficiaires.

2) La mission fait-elle concurrence au local ?

Cet enchaînement de volontaire est à la racine d’effets plus pervers encore. Le volontaire est censé apporter une compétence non disponible sur place, ou bien non accessible par le partenaire local. Il n’est donc pas supposé se substituer à des ressources localement présentes. Dans le cas contraire, cela pourrait constituer une concurrence déloyale car gratuite.

Or, cette dimension fondamentale n’est pas prise en compte dans le volontourisme. Les populations locales voient ainsi des offres d’emplois attribuées à des étrangers venus faire leur travail bénévolement. Cela représente non seulement un réel problème dans certains pays touchés par un taux de chômage élevé, mais aussi une grande tentation pour les associations d’accueil.

3) L'encadrement est-il présent ?

Quitter son pays pour une mission de volontariat qu’elle soit de deux semaines, deux mois ou deux ans dans un pays en développement n’est pas un choix aisé. Il demande un engagement en temps et de solides compétences. C’est la raison pour laquelle un accompagnement spécifique est indispensable pour la sélection du volontaire, son suivi avant, pendant et après la mission. Sans quoi, certaines missions peuvent représenter un danger pour le volontaire ainsi que pour les populations locales.

Certaines agences de volontourisme proposent de faire partir des personnes peu expertes sur des missions qui demandent des compétences particulièrement pointues. Méfiez-vous par exemple des missions en structure de santé et au sein desquelles vous seriez amené à manipuler des patients. Ce type de mission doit être particulièrement encadré par des structures expertes.

4) Volontaire ou client ?

Les acteurs du volontourisme sont très généralement des sociétés de droit privé et  à but lucratif. Faire des profits est en soi une activité tout à fait respectable et nécessaire pour une entreprise. Mais lorsqu’il s’agit de faire de la solidarité internationale un business, les contresens sont rapidement inévitables. La mission devient un produit qu’il faut vendre à un client. Le volontourisme bouleverse les hiérarchies des priorités : un "produit" « sexy » avant une mission nécessaire. Autrement dit, les envies des "clients" viennent avant les besoins du terrain et des populations.

Quelques règles simples à suivre

Voici quelques conseils qui pourront vous assurer une mission à impact positif :

Eviter les structures qui proposent des missions sans demander de compétences particulières, ou qui acceptent très rapidement votre candidature, à vos conditions de disponibilités. Chez Planète Urgence comme chez les acteurs principalement membres de France Volontaires, nous sommes convaincus que chacun a des compétences utiles à l’autre. Le transfert/partage de compétences est une des clés pour répondre aux besoins de ses partenaires. Pour cela, un processus de sélection qui peut prendre plusieurs semaines est indispensable. La structure sur place peut valider ou au contraire refuser le départ d’un volontaire.

S’assurer que les missions proposées s’inscrivent dans une approche long terme de désengagement progressif. En effet, le projet n’est pas de faire partir des volontaires indéfiniment. Le but est de renforcer les compétences des structures sur place afin d’accompagner les populations locales vers plus d’autonomie. Par exemple, chez Planète Urgence, chaque volontaire doit réaliser un rapport de mission à son retour pour assurer un suivi de l’impact des missions successives. A plus long terme, des rapports d’impact sont régulièrement publiés afin de connaître l’évolution des projets menés sur le terrain.

Vérifier que le volontariat n’est pas en concurrence avec des structures locales. Différentes associations sérieuses d’envois de volontaires mettent en place des règles strictes de sélections des partenaires locaux.
A titre d’exemple, voici les principes d’intervention de Planète Urgence  :

  • Non substitution : l’ONG ne se substitue pas au travail que pourrait faire un local
  • Non concurrence : l’ONG ne concurrence pas une entreprise locale
  • Non portage : le partenaire local créé et mène le projet. Il connait les besoins du lieu où se déroule le volontariat.
    Ainsi, les missions proposées par l’ONG découlent d’une demande spécifique du partenaire.

En conclusion, il est préférable de se rapprocher d’ONG reconnues et de se poser les bonnes questions. Le volontariat, c’est s’engager à 100% pour mener à bien une mission répondant à un besoin réel formulé par le terrain. Encadré par un partenaire local, l’objectif premier du volontariat est l’accompagnement des populations locales pour plus d’autonomie.